Docteure Shella Saint Fleur Lominy, un génie et un modèle d’inspiration – Rezo Nòdwès

0
123

par Carly Dollin

A
travers son parcours académique et professionnel impeccables, cette extraordinaire
progéniture de la Cité Anacaona, détentrice d’un Ph.D en Médecine chez l’Oncle
Sam, embaume de son parfum de sagesse, de courage, de loyauté, d’exquisité, d’excellence
et de son intelligence, tous les chemins et les salons où elle y met les pieds.

Une vie entière de dévouement, de sacrifice et d’effort dédiée et consacrée à l’éducation, à la formation et au soin des autres. Après le cycle des études classiques, Shella est restée dans l’arène de l’apprentissage pendant quatorze (14) ans d’études supplémentaires. Ce produit authentique du Lycée Anacaona de Léogane, issu de l’institution primaire St Esprit de Darbonne, a dessiné un parcours académique classique exemplaire, édifiant et jubilatoire.

Ce génie intégral de la région des Palmes a démythifié un ensemble de préjugés sexospécifiques qui prédominaient à la veille du bimillénaire, pourtant caractérisée par une certaine décence, le respect des normes et des valeurs, le frottement permanent des talents et des beaux esprits. L’idéologie misogyne, obtuse et bornée selon laquelle les matières scientifiques telles que les Mathématiques, la Physique et la Chimie constituaient des disciplines essentiellement réservées aux garçons et aux hommes, qui faisait quasiment unanimité, a été sapée par ce brillant cerveau féminin qui damait le pion aux hommes. Par sa dextérité et ses réflexions profondes et lumineuses, Shella faisait toujours inscrire sur son bulletin des notes maximales ou proches du maximal en Maths, en Physique et en Chimie, même aux examens officiels, tout en gardant les autres matières à des niveaux très satisfaisants.

Une lecture des séries statistiques de l’indice de masculinité
de 15 garçons pour une femme, extraites des archives de la faculté des sciences
(FDS), semble confirmer cette tendance machiste qui réserve les métiers de génie
mécanique, génie civil et génie électronique presqu’exclusivement aux hommes. Par
exemple, au cours des dernières années, sur les 280 heureux élus accueillis
annuellement parmi les postulants de la FDS qui dépassent certaines fois 5000
inscrits, seulement 5 à 7 % de femmes ont pu fouler le sol de l’édifice des
études supérieures sis à l’Angle rue Joseph Janvier et Mrg. Guilloux; ce qui dépeint
une infime représentation de la gente féminine à l’alma mater de la sommité
scientifique internationale Samuel Pierre. Tandis que sa motivation n’était pas
orientée vers l’obtention d’un diplôme de la Faculté des Sciences pour être consacrée
ingénieure, Shella se démarquait de ses camarades de promotion dans les matières
pré requises pour entrer et maintenir sa place à la FDS, soit les champs de
prédilection de ses pairs qui barbouillaient en permanence, tous les tableaux
et tous les murs, de factorielles, de f(x), de Magnétisme, Courant Alternatif, Chimie
organique, suites géométriques, nombres réels et imaginaires, de moins l’infini
à plus l’infini.

Animée, dès son jeune âge, d’un esprit et d’un cœur à la Nightingale,
Shella caressait plutôt, pour son cheminement professionnel, le rêve de côtoyer
et de soigner les nécessiteux de la santé, les enfants infortunés de faire
leurs périples terrestres avec des déficiences physiques, les hommes et les
femmes frappés par des sorts pervers et pernicieux de la vie. Pas qu’elle ne
raffole pas des œuvres gigantesques des penseurs et des rationnels Jean Jacques
Rousseau, Pierre Corneille, Etzaire Vilaire, Anténor Firmin, René Descartes,
Isaac Newton ou Albert Einstein, mais cette adepte des préceptes divins voulait
de préférence tisser des amitiés intenses et durables avec les immortels
Hippocrate de Cos, Claude Galien, Horus, l’Athénienne Agnodice, les prix Nobel Linda
Buck
et Gertrude
Elion
, toutes des figures
emblématiques de la Médecine antique et moderne.

Un
parcours académique miroitant et glorieux, mais non sans épine

Jusqu’au couronnement éblouissant de ses études
classiques en 1995, Shella n’avait essuyé aucun échec académique. Pendant ses
sept ans au Lycée Anacaona, le nom de cette originaire de la localité de
Mathieu fleurissait et résonnait comme des sirènes en tant que l’une des plus
brillantes âmes qu’ait connu le centre de formation classique du LAL qui a enregistré
dans ses archives de nombreux autres génies telles que Jéova Innocent et Henrilio
Julsain. À l’exception de son troisième trimestre en 6e Année, cette
éternelle lauréate marquait les tableaux d’honneur du LAL comme un lion de ses griffes,
en gardant constamment la tête du peloton. Polyvalente comme elle seule, Shella
maintenait l’équilibre dans toutes les matières, pourtant assez souvent dispensées
au rabais en raison des permanentes grèves d’enseignants et des crises
politiques qui sévissaient fréquemment à l’époque. Carence institutionnelle
séculaire, manque de vision et de leadership de l’Etat haïtien, les progénitures
des écoles nationales et des lycées sont souvent traitées, tel que constaté jusqu’à
aujourd’hui, en parents pauvres.

Accusant des montées en flèche avec des notes individuelles spectaculaires se soldant par des moyennes extraordinaires jusqu’en Terminale, cette aventure académique embellie allait connaître un choc surprenant en 1995. Shella avait été désappointée de constater que son rêve d’entrer à sa faculté de prédilection, la Faculté de Médecine et de Pharmacie (FMP), a été englouti et anéanti dans ce système de jungle et de parrainage déloyal où surtout les mieux « souchés » et les plus chanceux détiennent le privilège de voir leurs noms gravés sur la liste des admis. Ces derniers devant être accueillis par des aînés souvent frustrés et rancuniers qui composent des mélanges nauséabonds d’œufs pourris, de farine et de vinaigres pour se défouler dans les pratiques d’intégration honteuse des « Bleus » sur les nouvelles recrues. Shella n’avait pas eu cette rare possibilité de se faire victime consentante à l’intégration bestiale des bleus de l’UEH pour fouler le sol de l’alma mater de Gary Conille.

Titanique a été la surprise de cette fascinante âme, tout le temps lauréate, qui planifiait de retrousser ses manches pour récidiver l’expérience de subir le test de la FMP, l’année suivante. Etat failli, moribond et expirant, incapable de valoriser ses ressources, aveugle et irresponsable devant ses nobles missions, tel qu’il continue de le prouver avec les lauréats Haïtiens en Médecine diplômés à Cuba, mais méprisés et dédaignés dans notre système de santé précaire, le papa aimant et responsable de Shella, monsieur Eddy Saint Fleur – exaspéré comme un jeune Don Diegue qui criait  Ô rage ! Ô désespoir ! Ô Etat « ranceur » et dilapidateur des valeurs ! –  s’armait d’énergie physique et mentale pour réconforter sa princesse éplorée et affligée par cette gifle cinglante que lui réservait un système de jungle qui éteint les lumières de la confiance en soi, des espoirs et des aspirations.

Devrait-on déduire qu’a quelque chose, malheur est bon ?
En effet, le père tout aussi choqué et révolté par cet affront amer avait persuadé
sa fille de laisser tomber son rêve de pénétrer l’enceinte de la FMP, lui
rassurant de préférence qu’il va jouer toutes les cartes pour qu’elle puisse
poursuive ses études tertiaires et prêter le serment d’Hippocrate dans la
langue de Shakespeare. Les promesses d’un père sensible et déterminé envers sa
princesse ne sont jamais des paroles mensongères pour faire rêver les yeux grands
ouverts. Nourries d’actions pertinentes, les serments du père à la battante et
courageuse Shella se sont honorés en 1998, après trois longues années de
patience et de suspens. Le dossier de cette merveilleuse étoile a été débloqué
au consulat américain pour que papa puisse se rendre au JFK pour accueillir l’arrivée
triomphale de cette sommité scientifique qui était en hibernation.

Un
cheminement académique difficile, mais réussi avec brio chez l’oncle Sam

Plongée ans le bassin de la langue de Shakespeare pendant environ un an pour détenir l’immersion appropriée dans la perspective de faire face aux challenges académiques, culturels et climatiques qui l’attendaient, Shella a fait son entrée au Community College of the City University of New York (CUNY) en 1999, avant de fréquenter le Brooklyn College pour obtenir sa licence dans les Sciences de la Biologie, tout en ayant complété les prérequis de la Médecine. Toujours habillée de son manteau de lauréate, Shella a vite obtenu une bourse d’études de recherche octroyée par la « National Institute of Health », ce qui lui a tracé les avenues pour participer à des conférences comme assistante ou présentatrice.

Par sa persuasion et son intelligence, elle a pu concrétiser très tôt ses rêves tant caressé de concilier la Médecine Clinique avec les recherches et l’enseignement des notions médicales ; elle a pu pénétrer l’enceinte de la Harvard School of Medicine, l’alma mater du célèbre Docteur Paul Farmer, son chercheur préféré, pour accomplir des projets de recherche avancés. Admise dans plusieurs programmes, la brillante Haïtienne a jeté son dévolu sur le New York University School of Medicine (NYUSOM) pour chiader pendant sept ans en vue de décrocher son doctorat en « Immunology and Molecular Oncology ». Elle y est restée en résidence pendant sept années supplémentaires pour meubler son cerveau dans la Médecine interne, l’Hématologie et l’Oncologie.

Un
background professionnel édifiant, stimulant et inspirant

Directrice du cursus médical de la deuxième
Année à la faculté de New York University School of Medicine (NYUSOM), la
spécialiste en Cancer et en dysfonctionnements sanguins y porte trois chapeaux.
Elle se délecte dans l’exécution de toutes les taches requises par ses
activités cliniques, d’enseignement et de recherche. Elle y enseigne les soins
adaptés aux problèmes de dysfonctionnements hématologiques et y effectue des
recherches sur la Leucémie. En dépit de son métier prestigieux,
“aristocratique”, et de ses honorables certifications décernées par le Board
médical des Etats-Unis dans les domaines de la Médecine Interne, l’Hématologie
et l’Oncologie, Docteure Lominy aime coudre, dessiner et surtout dégager du
temps pour cuisiner pour ses enfants et son époux.

Toujours les mêmes croyances et les mêmes
tendances véhiculées par les principaux paradigmes économiques, ce brillant
cerveau croit aussi que le développement durable d’Haïti doit passer par
l’éducation. Elle rêve d’y apporter son grain de sel en créant un blog pour
faciliter de meilleurs comportements, des échanges et des interactions plus
efficaces entre les médecins et leurs patients. Cette mère d’une belle famille
de trois enfants était souvent tiraillée pour opérer le difficile arbitrage
entre ses préoccupations académiques et professionnelles face à ses lourdes responsabilités
familiales qu’elle entend récupérer soigneusement pour donner de la joie et de
la satisfaction aux siens. Shella dit visualiser la vie comme une page blanche
avec des possibilités illimitées pour chaque humain d’écrire de belles
histoires. Malgré ses multiples pages riches et inspirantes pour donner de la
fierté à son pays et à sa famille, Docteure Lominy est confiante de pouvoir en
écrire de plus belles encore en vue de faire un meilleur impact dans le monde.

La brillante Shella Saint Fleur Lominy
avait tout pour réussir : la foi, la confiance en soi, le talent, le génie,
le courage, la persévérance. Pourtant, n’étaient les motivations et les visions
paternelles, en ligne avec les siennes, l’humanité n’aurait pas côtoyé cette
scientifique haïtienne de grand acabit qui aurait pu se détourner et se décourager
suite à l’affront au goût âcre encaissé par cette éternelle lauréate pour
entrer à l’université en Haïti.

Combien de Shella Saint Fleur, de Nahomie Osaka, de Michaelle Jean, de Samuel Pierre et Dany Laferrière, les dirigeants myopes et aveugles de notre pays ont-ils assassinés ? La nécessité d’accompagner et d’encadrer les enfants et les jeunes et de monter des cellules de veilles pour déceler les perles, les génies et les âmes choisies dans les différents champs, s’impose afin de cesser de massacrer les valeurs de notre Haïti qui se fatigue de voir exposer dans nos rues des Tidjo, Tipierre et Tisentaniz à la recherche de quelques adoquins. Ces pauvres enfants de moins de 15 ans et de moins de 10 ans qui dorment à la belle étoile, au Champs de Mars, sur les galeries de la Grand ‘Rue et dans les ghettos, auraient pu se découvrir, s’épanouir et libérer le génie de Dany Laferrière, de Shella Saint Fleur et de Nahomie Osaka qui se cache en eux, s’ils naissaient plutôt sur une autre partie du globe.

Il est définitivement temps que l’Etat haïtien prenne ses responsabilités pour offrir des chances égales, des opportunités et des encadrements aux enfants et aux jeunes afin d’exploiter leur plein potentiel.

Carly Dollin
carlydollin@gmail.com



REZO NODWES

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here