Affaire des mercenaires :$80 millions de la Banque Centrale seraient l’enjeu de l’opération avortée – Rezo Nòdwès

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Deux journalistes-enquêteurs du journal américain Intercept ont creusé l’affaire des 7 mercenaires et ont pu mettre en lumière les détails de la mission cachée de ces hommes lourdement armés et arrêtés dans les parages de la Banque Centrale à Port-au-Prince, le 17 février dernier…A leur débarquement à l’Aéroport, le samedi 16 février 2019 à 05:00 du matin, les investigateurs ont fait remarquer que c’est un conseiller du président Jovenel Moise qui les a accompagnés vers le service d’immigration avec l’interdiction de sceller leur passeport.

Le film des événements, selon les envoyés spéciaux de theintercept.com

New York, mercredi 20 mars 2019 ((rezonodwes.com))–Avec la publication de cet article d’enquête mercredi 20 mars, par le journal américain Intercept dont la spécialité est d’investiguer les affaires louches et de révéler les non-dits, les en-dessous de l’iceberg, l’on comprend de mieux en mieux la réticence du Palais national à faire taire ce dossier. Le notaire Jean-Henry Céant allait-il lundi corroborer les révélations ou simplement les réfuter ?

16 février à 05:00 am : Le débarquement et l’accueil

Matthew Coles et Kim Ives de Intercept, comme premiers éléments d’informations, ont révélé que « la plupart des américains ont débarqué à l’aéroport de Port-au-Prince tôt le matin du 16 février, à bord d’un jet privé de capacité maximale de 8 passagers« . Tout le stock de fusils semi-automatiques, en passant par les armes de poing de gros calibre, de gilets pare-balles, d’appareils de communication et autres, sont arrivés en Haïti, dans le compartiment du même avion affrété par les 7 hommes en mission spéciale.

La plupart avaient déjà été payés 10 000 dollars chacun à l’avance, avec 20 000 dollars supplémentaires promis à chaque homme une fois le travail terminé, mentionne le document.

Un trio de politiciens haïtiens étaient venus à la rencontre des Américains dont l’avion a atterri en bout de piste. Un assistant du président Jovenel Moïse et deux autres poids lourds du régime, détaillent Coles et Ives, les ont accompagnés tout en évitant les agents de douanes et de l’immigration qui, à 05:00 du matin, n’étaient pas encore arrivés à leur poste.

Composition de l’équipe. Jovenel est au courant de l’opération

L’équipe américaine comprenait deux anciens Navy SEAL. un ancien entrepreneur formé à Blackwater, et deux mercenaires serbes résidant aux États-Unis. Leur chef, Kent Kroeker, ancien pilote d’avion C-30 de la Marine américaine, âgé de 52 ans, avait déclaré à ses hommes que « cette opération secrète est commanditée et approuvée par Moïse lui-même« .

Les boucs émissaires du président Jovenel Moise, ont appris les deux journalistes-enquêteurs, avaient déclaré à Kroeker que leur mission consisterait à escorter le conseiller présidentiel, Fritz Jean-Louis, jusqu’à la Banque Centrale haïtienne, où il aurait à virer (électroniquement) 80 millions de dollars d’un fonds pétrolier (Petro Caribe) gouvernemental à un deuxième compte dont seul le président a le contrôle.

Au cours du déroulement du processus, les 3 VIP du régime Tèt kalé, ce matin du 16 février 2019, ont fait savoir aux « mercenaires » qu’ils font tout cela « pour préserver la démocratie en Haïti« .

Port-au-Prince, dimanche 17 février 2019 ; il est 02:30 pm

Dans les trois jours qui suivent leur garde-à-vue, Kroeker et son équipe seraient libérés et renvoyés aux États-Unis après avoir réussi à échapper aux accusations criminelles en Haïti, le pays le plus corrompu de la Caraïbes.

Les « mercenaires » engagés dans l’opération, rapporte Intercept, ont appris que le fonds Petrocaribe est contrôlé par Moïse, Céant, et par le président de la banque centrale, Jean Baden Dubois. En raison du fossé politique grandissant entre le président et le Premier ministre, cette pomme de discorde a permis de geler effectivement les 80 millions de dollars, selon la personne ayant une connaissance directe de l’opération.

L’ex-ministre Jean-Louis, cité dans l’affaire, a déclaré aux « mercenaires » et nous citons : »qu’’en transférant l’argent sur un compte que Céant et Dubois ne pourraient pas accéder, Jovenel Moïse pourrait diriger plus efficacement le pays, d’où la promesse de soutenir la démocratie en Haïti« . Les journalistes dans leur analyse précise que les $80 millions étaient le seul instrument économique important du gouvernement, ce qui permettrait de sauver la présidence de Jovenel Moïse et de paralyser son Premier ministre. Toutefois, Coles et Ives affirment ne pas avoir de détails sur ce que Moïse avait exactement l’intention de faire avec l’argent une fois qu’il en a pris la possession.

Port-au-Prince vers 02:00 de l’après-midi, le dimanche 17 février, environ 36 heures après l’atterrissage des Américains. En plus d’être un assistant du président, Jean-Louis était l’ancien directeur de la loterie nationale, qui est gérée par la banque centrale. On ignore si son emploi précédent était lié au fait qu’il ait été sélectionné pour transférer $80 millions sur le compte personnel de Jovenel Moise.

Jean-Louis, le principal meneur du jeu

Les « mercenaires » sont montés à bord de trois voitures et arrivés sur les lieux, ils y sont descendus. Ils étaient lourdement armés et accompagnaient Jean-Louis, le proche conseiller de Jovenel Moise. Dimanche, la banque était fermée, mais Jean-Louis eut à déclarer à un agent de sécurité posté à l’une des portes d’entrée qu’ils étaient là pour des affaires bancaires, selon une source bien informée. Méfiant de leur intention, l’agent de sécurité a refusé de les laisser entrer. Au lieu de cela, quelqu’un a alerté la police.

Rue des Miracles 04:00 pm

La police a passé quelque deux heures à interroger les étrangers qui n’ont pas compris un seul mot. Et la boite de pandore découverte. Mission échouée.

Interrogé par la police, Kroeker a appelé un septième membre de son équipe pour aider à négocier leur libération. Dustin Porte, un entrepreneur en électricité et ancien membre de la Garde nationale de la Louisiane qui parle français, s’est présenté et s’est adressé à la patrouille policière au nom des membres de son équipe. Les « mercenaires » en acceptant de se rendre ont affirmé que tout cela était un gros malentendu et qu’ils participaient à une mission gouvernementale, selon le Miami Herald.

Interrogatoires subis sur le vif

La police a demandé aux Américains si leur mission était légitime, pourquoi vous n’étiez pas passés par les voies officielles, a déclaré à The Intercept une source haïtienne.

Sa réponse fut : « Parce que le président ne vous fait pas confiance« , a répondu l’un des « mercenaires » selon le responsable de l’application de la loi haïtienne, qui a demandé à garder l’anonymat car il n’est pas autorisé à parler publiquement de ce qui s’est passé le 17 février à la Rue des Miracles.

Arrestation des mercenaires

La police haïtienne a procédé à l’arrestation de Kroeker, le chef d’équipe; Christopher McKinley, 49 ans, et Christopher Osman, 44 ans; Talon Burton, 51 ans; et Porte, 43. Ils ont également arrêté les deux Serbes, Danilo Bajagic, 36 ans, et Vlade Jankovic, 40 ans. Des photos de leurs armes et de leur équipement tactique, qui comprenaient six fusils d’assaut semi-automatiques, six armes de poing, des couteaux et au moins trois téléphones satellites, bientôt divulgués sur les tous les médias et réseaux sociaux haïtiens.

Rezo Nòdwès vous épargne les détails ayant suivi 72 heures plus tard, la libération (conditionnelle) de 7 de ces 8 individus arrêtés et en possession d’armes de guerre. Haïti pays où l’on décerne et continue de décerner des primes à l’impunité, à la corruption, continue d’étonner le monde. Partout, c’est la corruption et ceci, au plus haut niveau de l’Etat.

Nous sommes le 20 mars 2019, fin de l’histoire. Un autre chapitre de la corruption s’ouvre déjà depuis lundi au grand jour et juste derrière s’étend un labyrinthe de ruelles étroites et tortueuses. Seuls les actes confirment la sincérité en tout. Pour les mots… Et bien tout le monde sait parler. Ainsi va la dignité de l’homme haïtien, et celui-ci a même perdu le sens d’avoir honte.



REZO NODWES

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