La bêtise des foules ou comment comprendre le ‘’Viv Anel’’ – Rezo Nòdwès

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par Dr Jean-Ford G.
Figaro

Vendredi 15 mars 2019 ((rezonodwes.com))– À l’émission ‘’Premye Okasyon’’ du mercredi 20 février 2019, le journaliste Bob C. a déclaré de façon humoristique et moqueuse qu’on lui connait sur le grand boulevard, ‘’je suis très déçu de la population de Carrefour’’. Bien que sa déposition ait causé une vague d’indignation et de colère, il faut quand même reconnaître que le célèbre et très controversé Roberde Céliné de Radio Caraibes, est l’un des rares directeurs d’opinion à s’indigner face au comportement de la foule et le nivellement émotionnel des manifestants qui ovationnaient le repris de justice, Anel Joseph.

Pendant la grande journée de manifestations de l’opposition du 13 février, des milliers de compatriotes venant de la commune de carrefour et ses environs, ont pénétré le fief du puissant chef de gang pour réclamer sa participation dans les mouvements, qui visait la démission du président élu pour cinq ans, Jovenel Moise, à la tête du pouvoir. Activement recherché par la police nationale, le présumé bandit de grand chemin, très confiant, a émerveillement pris la tête des contestataires dans les rues de Port-au-Prince. Sous les applaudissements et l’euphorie d’une marée humaine, il parcourait les rues de la capitale en toute liberté et quiétude. Les gens l’acclamaient ‘’ Viv Anel’’ comme un triomphateur et un héros des grandes causes sociales. Il faut se demander si on veut aller vers une société viable ou une déchéance universalisée.  

Je m’attendais à une révolte et une condamnation généralisées de cette folie collective, principalement dans une société comme la nôtre, en perte de ses valeurs fondatrices, fondamentales et structurantes. Un fait inédit pour le commun des mortels mais quelque part familier, pour les étudiants et les professionnels du comportement humain ou des foules.

Cependant, il est curieux de constater à quel niveau, cette action a été galvaudée et exploitée par la classe politique sans un minimum de recul en fonction de leurs intérêts immédiats ou conjoncturels. La communauté scientifique n’a pipé mot, ce qui laisse perplexe à un grand nombre de curieux qui voulaient au moins, un minimum d’explication rationnelle sur ce fait inimaginable et sensationnel. Heureusement, tel n’est pas le cas pour tous les penseurs de la société haïtienne et parmi lesquels je peux me prévaloir d’en faire partie. Peu après la divulgation des photos et vidéos, j’ai commencé à réfléchir sur les raisons de cette attitude inacceptable, spécialement son impact sur les plus jeunes.

      Afin de pouvoir assimiler cette
irrationalité, j’ai du me référer à deux
hypothèses plus ou moins logiques et peut-être des plus acceptables.

Primo;  je voudrais prendre l’exemple du syndrome de Stockholm qui a été théorisé par le psychiatre américain Frank Ochberg. Il a a été nommé ainsi, suite à une prise d’otages qui s’est déroulée à Stockholm le 23 août 1973. Deux délinquants ont séquestré pendant plusieurs jours quatre employés d’une banque. Lorsque les forces de l’ordre ont réussi à libérer les réclusionnaires, ces derniers éprouvaient une certaine sympathie à l’égard les criminels devenus plus tard prisonniers.

Les victimes allant même jusqu’à rendre visite à leurs ravisseurs et ont refusé de témoigner contre eux, lors du procès. Une situation paradoxale pendant laquelle une victime va développer des sentiments d’affection, de compréhension et parfois même amoureux. C’est un véritable mécanisme inconscient d’auto-défense et de survie qui se met en place. Le syndrome de Stockholm s’installera d’autant plus facilement si les vagabonds arrivent à justifier leurs actes par un discours politique ou idéologique. La foule a-t-elle souffert de ce syndrome? Sachant les crimes et actions délictueuses imputables à l’évadé de prison.

    Segundo: La lecture du livre de Gustave Le Bon, ‘’ Psychologie des foules’’, m’a soulagé de ma douleur viscérale et de mes frustrations légitimes en analysant cette profanation, à l’aune sa compréhension ambiguë et son indigestion dans ma subconscience citoyenne. Selon les conclusions de cette oeuvre magistrale, le comportement d’une masse d’hommes diffère de ceux d’individus isolés. Pour le sociologue, les foules développent ces caractères spéciaux à travers trois états psychologiques : l’irresponsabilité, la contagion et la suggestibilité. Elle doit-être perçue, dans une perspective psychologique, comme une entité une et indivisible, « Dans certaines circonstances données, et seulement dans ces circonstances, décrit le psychologue, une agglomération d’hommes possède des caractères nouveaux fort différents de ceux des individus composant cette agglomération.

La personnalité consciente s’évanouit, les sentiments et les idées de toutes les unités sont orientés dans une même direction». La psychologie des foules révèle qu’elles sont influençables, impulsives et irritables, elles peuvent en effet être excitées facilement et parcourir rapidement la gamme des émotions les plus contradictoires. Le Bon avance qu’« elles sont aussi incapables de volonté durable que de pensée ». Les gens ont seulement besoin d’un leader capable de converger leurs aspirations légitimes et leur quitter la peur d’exprimer les problèmes auxquels ils font face. Il est catégorique en signalant cette formule: «Malmenez les hommes tant qu’il vous plaira, massacrez-les par millions, amenez invasions sur invasions, tout vous est permis si vous possédez un degré suffisant de prestige et le talent nécessaire pour le maintenir».

     En ce début d’année et à l’ère des crises
politiques,
nul ne peut prédire ce qu’il adviendra de la société haïtienne. Nous n’avons pas assez de recul pour saisir l’impact de ces actions contre-nature sur la
formation psychologique des jeunes. Au contraire, selon l’idéologie politique
des uns et des autres, on a tendance même à sacraliser ces agissements blasphémateurs. Une chose est sûre, les
sociétés se transforment mais il faut le faire dans la bonne
direction.
La profusion médiatique de ces
idioties
engendre un flou généralisé. A la lumière de ces deux explications, en
exprimant leur ras-le-bol face à la
difficile situation socio-économique du pays, on peut utiliser de façon
individuelle ou concomitante les deux hypothèses pour faciliter peut-être, la
compréhension de ce comportement. Dans le premier cas, on peut spéculer que
malgré ses excès, Anel a su gagner l’admiration des gens qui sont supposées le
répugner.

      Si ce n’était pas un moment de folie,
aucun de ces manifestants ne saurait clamer un ‘’Viv’’, à un criminel notoire. En écrivant ces lignes, je
tenterais de penser au jugement de Jesus, où la multitude criait ‘’crucifiez-le et relâchez
Barabas’’. Les victimes des actes de l’homme du ‘’village de Dieu’’, plus
particulièrement de la commune de Carrefour, l’ont professé une sympathie
comparable à un bienfaiteur de la nation. Les foules
sont comme des troupeaux, qui suivent la direction même erronée, du leader ou
du meneur. La position des individus  au
milieu des conglomérations n’est pas sensée être celle qu’ils exprimeraient
seuls. Cependant, cette attitude fait mal, offense et piétine les valeurs
morales de la République. La déception de Bob C. devrait être dirigée vers la
foule et non vers la population de Carrefour. J’en profite pour dire, il faut
plus que
jamais se mettre à la poursuite des repères perdus pour un Haiti en devenir. Il est temps de faire la transition entre
la frénésie émotionnelle et 
l’intelligence collective

 Dr Jean-Ford G. Figaro,  MD, MsC-HEM



REZO NODWES

1 COMMENTAIRE

  1. Anel pa yon Barabas, ni yon Spartacus, ni yon Robin Hood, Ni yon Zorro, Ni yon Escobar, ni yon El Chappo, ni yon Guy Phillipe. Se yon element ke gouvenment an kweye pou contre-balancer evenment yo. Malgre ke Leta mete tet Anel a pri de 25,000 Gdes, peson pa vle pran chans me neg sa anba kod e remet li bay la Police.
    Sak fe sa? Eske se kob la ki tro piti, ou bien risk la tro grand. Haa gen sa ladan tou.

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