La concrétisation du budget de la zone euro s’annonce laborieuse

0
244

Les métaphores religieuses et sans nuances sont à la mode à Bruxelles. La semaine dernière, c’était Donald Tusk, le président du Conseil européen, qui s’interrogeait publiquement pour savoir s’il y avait « un endroit spécial en enfer » pour accueillir ceux qui, outre-Manche, avaient prôné le Brexit sans le moindre plan pour le mettre en oeuvre. Tollé au Royaume-Uni. Lundi, c’est Peter Kazimir, le ministre des Finances social-démocrate slovaque, qui a brandi ses croyances dans un tweet qui n’est pas passé inaperçu à Rome.

A son arrivée à la réunion des ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe), il a lâché ce message : « En tant que vrai catholique je crois aux miracles et cela m’aide à rester calme, même au sujet de l’Italie et de sa capacité à respecter ses engagements en matière de déficit ». Plusieurs ministres, dont le président de l’Eurogroupe, Mario Centeno , ont en effet profité de cette rencontre devant les caméras pour accentuer la pression sur l’Italie au moment où  la conjoncture s’effondre dans la troisième économie de la zone euro, et où les engagements budgétaires de Rome risquent d’apparaître particulièrement difficiles à atteindre.

Potentiel inflammable

Mais aux yeux de Paris, la réunion de lundi était surtout la première occasion de discuter de la mise en oeuvre du futur budget de la zone euro. Ce projet, dont le concept même a été âprement débattu tout au long de 2018, a fini par faire l’objet d’un très  laborieux compromis , entériné par les chefs d’Etat et de gouvernement en décembre. C’est désormais à sa concrétisation que doivent s’atteler les ministres. Et si rien de très conflictuel n’était attendu de la réunion de lundi, c’est avant tout parce que, comme l’explique une source proche des discussions, « rien n’a vraiment avancé au plan technique ». Les ministres ont jusqu’à juin pour trouver un terrain d’entente.

Le sujet n’en conserve pas moins son potentiel inflammable. La France se montre toujours ambitieuse. « On ne veut pas d’un budget de la zone euro a minima », résume-t-on à Bercy où l’on juge urgent de créer un outil capable de favoriser la convergence économique dans une zone euro menacée de divergence, « en finançant des dépenses publiques d’investissement et de soutien à la croissance ». L’autre objectif qui vise à venir en aide à un Etat-membre en détresse économique, de manière à éviter qu’il coupe subitement dans ses investissements de long terme (innovation, recherche, éducation…) a été pour l’instant abandonné, faute de soutien.

Pour la France, il est essentiel que cet outil soit propre à la zone euro, gouverné par les 19 pays de la zone euro, via un accord intergouvernemental. Les ressources devraient également provenir de ces 19 Etats-membres.

Divergences

Problème : nombreux sont les pays (au Nord de l’Europe notamment) qui ne l’entendent pas de la même oreille et commencent à être franchement agacés par ce qu’ils perçoivent comme une stratégie française visant à réécrire l’Histoire.  L’accord des chefs d’Etat et de gouvernement du mois de décembre est en effet très mesuré et stipule notamment que la capacité budgétaire future se fera dans le contexte du budget européen (lequel se fera à 27 après le Brexit) et sera en cohérence avec les autres politiques européennes. « Si la France veut rouvrir les discussions de décembre, on peut lui souhaiter bonne chance », prévient un Européen.

HAITI 24

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here