A Gibraltar, la crainte d’un Brexit sans accord

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Et si la barrière se fermait ? Dans la longue file de ceux qui passent chaque matin la frontière entre l’Espagne et Gibraltar pour aller travailler sur le Rocher, l’angoisse monte depuis des mois. Ils sont près de 15.000 à transiter tous les jours, parmi lesquels 9.000 Espagnols, et faute d’un accord de départ négocié, ils savent qu’ils seraient sans doute les premiers à payer le prix du divorce conflictuel entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

L’épée de Damoclès du Brexit menace de rompre  l’équilibre fragile trouvé entre le territoire britannique et son voisin espagnol , après des années difficiles sur fond de revendications territoriales. L’étroite péninsule de 6,8 km2, cédée en 1713 par l’Espagne à la couronne britannique à travers le traité d’Utrecht, continue d’être objet de frictions récurrentes entre Londres et Madrid. A Gibraltar, où l’on a voté à 96 % en faveur du « Remain », règne la conviction que l’appartenance commune à l’Union européenne était la meilleure garantie pour un bon voisinage avec l’Espagne.

Tout Britanniques qu’ils se sentent, les Gibraltariens se savent extrêmement dépendants, géographiquement et économiquement, des échanges avec leurs voisins andalous. Face à la pénurie d’espace et de logements, nombre d’employés des florissantes sociétés de paris en ligne ou de services financiers du Rocher vivent, en effet, côté espagnol, où les loyers et le coût de la vie sont nettement moins chers. En retour, la prospérité économique de l’enclave, favorisée par des mesures fiscales attrayantes, est devenue la bouée de sauvetage dans les villages espagnols de l’entourage qui se trouvent sinistrés par un taux de chômage de parfois plus de 30 %.

Menace d’un « no deal »

Le moment est compliqué, reconnaît-on du côté du gouvernement de Gilbraltar, qui a oeuvré pour défendre pragmatiquement la nécessité de la continuité d’une entente. Ces efforts ont été matérialisés en novembre dernier par quatre mémorandums, signés par Londres et Madrid, afin de définir le  cadre des relations futures entre le Rocher avec son voisin , après la sortie de l’Union européenne. Ils portent sur le droit des travailleurs frontaliers, l’environnement, la pêche, la coopération douanière, le tabac et la fiscalité. Mais la crainte, grandissante à présent, est qu’un « no-deal » entre Londres et Bruxelles mette en péril tous ces accords.

Du côté de Gibraltar, le ministre principal, Fabian Picardo, veut croire que rien n’est encore perdu. « La réalité du Brexit n’a pas été choisie par le peuple gibraltarien et ne doit pas être une réalité où les peuples s’affronteraient, plaide-t-il. Nous pouvons rester aussi proches et continuer de travailler ensemble au bien commun de la région. »

Côté espagnol, la parade est toute trouvée : pour éviter tout risque de rupture et de rétablissement d’une frontière « dure », la meilleure solution serait de cheminer vers une cosouveraineté hispano-britannique sur l’enclave, avancent certains. La vie ne serait-elle pas bien plus simple avec deux passeports en poche ? Mais pas question pour les habitants du Rocher de contempler cette éventualité.

HAITI 24

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