Morne L’Hôpital, les dés sont jetés

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Dans deux semaines, les travaux de démolition des constructions anarchiques au morne L’Hôpital débuteront. Le ministre de l’Environnement, Ronald Toussaint, qui en a fait l’annonce mercredi dans la zone de Jalousie, a promis d’accompagner la population. Une promesse rejetée par les habitants. Ils n’acceptent pas le mot « démolition ».

108 millions de gourdes pour démarrer le projet. Le coup d’envoi sera donné à Jalousie, le plus grand bidonville de Pétion-Ville. Les travaux de démolition concernent les maisons construites près des ravins. Sept mètres des deux côtés. 1 800 familles sont concernées. Le ministre de l’Environnement en charge de ce programme baptisé « Sove lavi nan Mòn Lopital » a promis d’accompagner la population. Pour se faire comprendre et expliquer le projet, Ronald Toussaint s’est entretenu mercredi avec les habitants de Jalousie.

Les constructions près des ravins sont les principales concernées de cette campagne», a-t-il dit à un public méfiant et très peu enthousiasmé. « Il nous faudra 20 carreaux de terre pour reloger les 1 800 familles que nous avons déjà identifiées », a-t-il ajouté. L’agronome Ronald Toussaint a annoncé qu’un fonds sera rapidement mis à la disposition de chaque famille pour lui permettre de se reloger sans donner plus de détail sur le montant. Cet argent représente 20% de la somme nécessaire pour la construction d’une autre maison. Le reste, 80%, sera versé sous forme de prêt de construction par la Banque nationale de crédit (BNC)», a-t-il précisé.

Face à un public peu convaincu de ce projet gouvernemental, le ministre de l’Environnement se veut très prudent dans ses propos. Il n’a pas voulu dire clairement que le travail consiste à démolir les constructions anarchiques du morne L’Hôpital. « Je n’aime pas le mot démolition. Je préfère dire qu’il y aura des déplacements de la population. Nous le ferons de concert avec les organisations des quartiers », a promis Ronald Toussaint.

Malgré sa prudence, il n’y a eu aucun applaudissement après son intervention. Il hausse un peu le ton. « L’Etat ne peut pas fermer les yeux sur les constructions anarchiques au morne L’Hôpital. Dans certains endroits, il affirmera son pouvoir», a-t-il déclaré. « On doit agir », a martelé Ronald Toussaint.

Le ministre a demandé à l’université de faire des proposions sur la façon d’aborder la question au morne L’Hôpital. M. Toussaint a réclamé la collaboration de tout un chacun pour asseoir avec son projet.

Des étudiants de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH) ont, pendant plusieurs semaines, enquêté dans les zones concernées pour connaître les attentes des populations.

Pour le ministre contre l’Extrême pauvreté qui participe aussi à ce projet, « Sove lavi nan Morne l’Hôpital » veut dire éviter la perte en vies humaines à chaque goutte de pluie. Il veut aussi dire, selon Rose-Anne Auguste, changer les conditions de vie de la population. « Nous attaquons de front la question du morne L’Hôpital. C’est quelque chose qui a rapport avec la dignité de la population, le respect de ses droits… », a-t-elle souligné.

Visiblement, les habitants de Jalousie ne sont pas bien informés de ce projet. Ils croient que toutes les constructions seront rasées. Malgré les explications du ministre de l’Environnement, ils restent toujours méfiants. Pour eux, le gouvernement veut les déloger pour donner l’espace à d’autres personnes très riches. La rumeur est persistance dans la zone.

Sylvestre Telfort, coordonnateur général du Mouvement force populaire de Jalousie (MFPJ), a dénoncé le fait que personne au sein du gouvernement n’est venu discuter du projet avec eux. « Jusqu’à présent, nous ne comprenons pas le projet du gouvernement pour la zone de Jalousie », a-t-il fait remarquer. Il a cependant reconnu la nécessité de ces travaux de démolition, mais a estimé que sept mètres des deux côtés des ravins sont bien trop grands.

Parallèlement, Grégory Vilménay, responsable de l’organisation « Tèt ansanm » (OTAN) qui a rencontré et discuté avec les membres du gouvernement, a indiqué qu’il a mené une campagne de porte en porte pour sensibiliser la population de Jalousie à ce projet là.

Selon M. Vilménay, le ministre Ronald Toussaint s’est mis d’accord avec son organisation pour donner à chaque famille qui sera délogée de l’argent pour louer une maison pendant une année, un titre de propriété dans les 20 carreaux de terre cités ci-dessus et le dépôt d’un fonds à la banque qui servira à la construction de leur maison. « Le ministre de l’Environnement nous a dit oui. Il s’est engagé à répondre à nos exigences. Dans deux semaines, les travaux débuteront », a affirmé le responsable de OTAN.

Alors qu’à chaque goutte de pluie les habitants de Jalousie sont sur le qui-vive et sous la menace constante des éboulements ou des glissements de terrain, le gallon de cette même eau de pluie se vend à deux gourdes. 10 gourdes pour un récipient contenant cinq gallons. Comme pour les autres infrastructures de base, il n’y a pas d’eau potable.

Le morne L’Hôpital s’étend sur plus de quatre mille hectares et touche trois communes : Pétion-Ville, Port-au-Prince et Carrefour. Il est habité par environ 246 000 habitants pour 50 000 maisons et maisonnettes. Pendant 40 ans, les gouvernements qui se sont succédé ont fermé les yeux sur les constructions anarchiques qui se faisaient et se font encore au vu et au su de tout le monde. Les conséquences de ce laisser-aller sont visibles après chaque goutte de pluie.

Robenson Geffrard

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