Hillary Clinton sera élue présidente des Etats-Unis

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Hillary CLINTON will be the US next President. Period. Elle ne sera pas élue parce qu’elle est la plus qualifiée ou qu’elle suscite l’enthousiasme. Elle sera élue Présidente parce que tout simplement les démocrates disposaient au départ d’une route plus facile vers la Maison Blanche. Hillary sera élue presque par défaut et en grande partie en raison du système électoral particulier américain.

« Aussi simple que cela, si tu veux devenir Président des États-Unis, occupe-toi d’avoir le bon nombre : 270 ». Il était opportun de commencer cette analyse prévisionnelle des élections présidentielles américaines par cette petite phrase qui a elle seule est anecdotique de la situation électorale américaine.

En effet pour le commun des mortels, les élections américaines sont compliquées à comprendre : entre des primaires et des caucus fratricides qui n’en finissent pas, des investitures dignes de rock star, une campagne à la « Demolition man » (ou Demolition Woman) à coup de super-PAC et de millions de dollars dépensés en vue de dénigrer l’adversaire, des débats surmédiatisés qui ne changent que très rarement les choses (presque pour la galerie), une élection au second degré dans un scrutin uninominal à un tour pour un Président qui sera élu en fait que par 538 personnes. Autant dire, un véritable tour de Babel pour les non-initiés !

Autre paradoxe quasi-unique du système électoral américain, les Etats-Unis sont le seul pays démocratique au monde où un candidat peut avoir beaucoup plus de vote que son adversaire et ne pas être élu président. Oui et cela est déjà arrivé au moins 4 fois dans l’histoire des élections américaines. En effet en 2000, le candidat démocrate Al Gore a obtenu près de 500.000 voix de plus que son concurrent républicain Georges Bush et c’est ce dernier qui fut élu Président car il avait le bon nombre 270. Le candidat républicain a atteint la barre de 270 grands électeurs au collège électoral. L’affaire était donc réglée.

En parlant d’élection présidentielle américaine, j’aime bien provoquer en disant qu’il n’y aura pas d’élections aux Etats-Unis. Car de fait, les élections ne se joueront que sur une partie restreinte du territoire américain, rien que 8 à 12 États de la Fédération des Etats-Unis d’Amérique qui compte 50 États + le District de Columbia. Ces États qu’on appelle affectueusement les Swing States, car n’étant fidèles à aucun des deux grands partis démocrate et républicain. Quelqu’un ici peut me rappeler la dernière fois que l’Alaska a voté un candidat démocrate à la présidentielle ? Pas la peine de réfléchir, cela n’est jamais arrivé.

Donc c’est ainsi, chacun sait que le l’Oklahoma votera le candidat du Grand Old Party quel qu’il soit et les 55 grands électeurs de la Californie iront au candidat du parti démocrate. Aussi simple que cela ! Hillary Clinton ne gaspillera pas un centime pour faire campagne dans l’État d’Oklahoma car sachant que cela ne servira à rien, il n’aura pas un seul grand électeur de cet Etat même avec 40% des votes. Car une autre règle (donnée importante) des élections américaines est : The winner takes all (le gagnant gagne tout). Quand un candidat remporte la majorité des voix dans un État, il remporte du même coup la totalité des grands électeurs de cet État (à l’exception de l’État de New-York, du cas particulier du Miane et du Nebraska). C’est comme ça!

Le tour d’échauffement chez les républicains dans le cadre des primaires s’est résumé en un “Donald Trump Show”, tellement le milliardaire a tour à tour écraser ses 16 autres concurrents dont des poids lourds comme le Gouverneur Jeb Bush (frère et fils de Président), les étoiles montantes du Sénat comme Marco Rubio et Ted Cruz ainsi que d’autres Gouverneurs qui au prime abord avaient l’air plus qualifiés, plus expérimentés avec des machines électorales beaucoup mieux huilées que le magnat de l’immobilier. L’Homme d’affaire a défié toute loi de gravité politique.

En effet, son avance sur ses principaux concurrents s’est accentuée débat après débat, coup d’éclat après coup d’éclat. Rien  n’a été en mesure d’enrayer la mécanique TRUMP y compris ses propositions les plus incongrues comme l’interdiction pure et simple d’entrée sur le territoire américain de toute personne de confession musulmane.

En dépit de cette ascension fulgurante, le chemin du milliardaire vers la Maison Blanche est plus qu’hypothétique. Car en s’aliénant les faveurs de toutes les minorités du pays latinos, noirs, musulmans, asiatiques, Donald Trump complique sérieusement son équation électorale et de manière plus large, celle de n’importe quel autre candidat républicain à la Maison Blanche.

Autant qu’il est avéré que les élections présidentielles se gagnent au centre et non aux extrémités, le candidat du GOP donne presque l’impression qu’il adore polémiquer ou plus grave encore qu’il n’arrive pas à se tenir. Sur ce point, les incidents sont légions : de son acharnement sur un juge fédéral de l’Indiana qu’il juge partial en raison de son ascendance mexicaine, en passant par les insultes contre une ex-Miss Universe jusqu’à son manque d’empathie à l’égard de la famille Khan dont un des enfants a péri sous les drapeaux en Irak, Trump n’en fait qu’à sa tête ! Le Candidat républicain a un taux d’opinion défavorable qui avoisine les 65% dans des groupes électoraux aussi importants que sont les noirs, les latinos ou les musulmans ; alors qu’il est presqu’arithmétiquement impossible de se faire élire Président des États-Unis sans un vote substantiel des minorités.

De surcroît, il apparait de plus en plus évident que le milliardaire a une compréhension somme toute assez réduite des réalités géopolitiques mondiales en menaçant de ne pas défendre automatiquement certains pays membres de l’OTAN en cas d’agression contrairement aux engagements du Traité Atlantique, d’inviter à la prolifération nucléaire de l’Arabie Saoudite et du Japon ou le fait qu’il ne maitrise pas certains dossiers importants comme le dossier ukrainien. Pour le Président Obama, le magnat de l’immobilier n’est tout simplement pas digne du bureau ovale car n’ayant ni les compétences et encore moins le tempérament pour devenir Président des Etats-Unis.

En outre au petit jeu « the winner takes all », le candidat du parti démocrate Hillary Clinton semble tenir le « bon bout » de la corde, car les Etats qui voteront à coup sûr démocrate lui donnent au départ de fait un plus grand nombre de grands électeurs que le candidat du parti Républicain Donald Trump et le met beaucoup plus proche de la ligne d’arrivée, qui est le « nombre fatidique » de 270 grands électeurs au Collège Electoral. Pour être assuré de prendre un bail de 4 ans à la Maison Blanche, il n’aura besoin de fait que 2 ou 3 swings States alors que son challenger républicain doit lui réaliser le grand chelem et remporter tout de la Floride au Nevada en passant par la Caroline du Nord, l’Ohio, l’Arizona tout en maintenant Georgia et Utah dans le giron républicain. Autant dire un parcours sans faute.

Et là encore l’ARITHMETIQUE ELECTORALE risque d’être pas bon pour Trump, le compte n’y est pas. Trump doit en plus gagner un Etat penchant démocrate soit la Pennsylvanie, le Colorado, ou le New Hampshire plus quelque chose d’autre.

Mais tout compte fait, en «  surfant » sur la coalition Obama de 2008/2012 et en maintenant dans les rangs les « jeunes révolutionnaires » qui ont soutenu le Sénateur Bernie Sanders dans les primaires, les démocrates sont en mesure de rééditer une nouvelle vague bleue pour la passe de 3.

Autant dire sans une catastrophe incommensurable ou une déflagration, Hillary Clinton sera le nouveau locataire de la Maison Blanche. Sans faire rêver, Hillary Clinton sera élue président des Etats-Unis en novembre. Je prends les paris.

Fernando Estimé,
Politologue, Spécialiste des Relations Internationales,
Directeur de Recherche à la Louverture Institute for Diplomacy and Global Affairs
www.twitter.com/fernandoestime
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E-mail :fernandy19@hotmail.com

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