Insécurité foncière: personne n’est à l’abri

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Manuel John Perry ne décolère pas. Son récit, celui d’un homme scandalisé, choqué, revient sur un coup de fil de sa femme, vers les 11 heures du matin, lundi 5 septembre 2016. Il apprend, a-t-il confié au journal quelques heures après les faits, que ce qui semble être un juge de paix, un huissier, des policiers et un backhoe loader sont venus chez lui avec pour mission de le déguerpir pour ensuite démolir sa maison. Il ne comprend pas pourquoi il reçoit le ciel sur la tête. « Je ne comprends pas, personne ne comprend. J’ai acheté le terrain des frères Francis il y a trente ans et construit ma maison depuis plus de vingt-quatre ans », a confié le père du chanteur J-Perry, auteur du hit Dekole. « C’est dans cette maison qu’habite mon fils J-Perry depuis sa naissance », a expliqué Manuel John Perry, qui indique que sa femme et un enfant de cinq mois qui revient à peine de l’hôpital étaient à la maison au moment de cette descente.

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« Ils n’ont pas voulu s’identifier, ni laisser lire un quelconque papier », a rapporté Manuel John Perry, affirmant n’avoir aucun litige devant la justice concernant son terrain et sa maison. « Même dans mes rêves je n’ai pas été au tribunal. Je n’ai reçu aucune signification », a-t-il insisté. Absent lors de la descente, Manuel John Perry, à travers sa femme, sur conseil de son avocate, dit avoir demandé un référé. L’avocat des Perry, Me Sybille Théard Mevs, a confié en début de soirée au journal que le jugement en question pour lequel exequatur a été donné par le substitut Claude Jean est « rendu en faveur des héritiers de feu madame Vixama Laguerre et Franciliette Paulema Paul contre les sieurs Fanfan Exius, Maisonneuve Chevet et la dame Aliette Pierre ».

« Le nom de Manuel John Perry ne figure nulle part dans le jugement. Il n’a pas acheté de ces personnes non plus. Il a acheté des Francis qui eux-mêmes ont acheté d’héritiers qui n’ont rien à voir avec ces gens-là », a expliqué Me Mevs au journal. Elle note qu’il s’agit du même procédé que pour la Sun Auto. L’avocate flingue ce qui est plus qu’une légèreté dans l’utilisation de la force publique. « Je pense que l’on ne peut pas donner un exequatur sans savoir où les gens vont aller l’exécuter », a dit Me Mevs, soulignant que le jugement en question concerne Mascaron Déplume; alors que les Perry habitent depuis vingt-quatre ans sur l’habitation Duvet.

Pour Me Sybille Théard Mevs, ce qui est arrivé à son client est une illustration de l’insécurité foncière en Haïti. « C’est le problème fondamental », a soutenu l’avocate, qui évoque le manque de responsabilité de l’État au niveau du cadastre. « Comme l’avait dit Daniel Rouzier, il est temps pour l’État de se réveiller et de prendre ses responsabilités », a estimé Me Mevs qui va plaider le dossier au tribunal des référés.

Le journal, entre-temps, a collecté des témoignages d’autres personnes qui s’estiment victimes de l’insécurité foncière. « Ils sont partout, les spoliateurs. Ces derniers temps, ils ont un mache prese et agissent au vu et au su de tout le monde à Kenckoff, Furcy, Croix-des-Bouquets, Juvenat, Jacmel », a confié, off the record, un homme d’affaires sous le couvert de l’anonymat. La situation décourage les investisseurs. Cela est encore plus sidérant que des éléments de la police et de la justice sont de mèche avec les spoliateurs, a-t-il soutenu, estimant qu’il est nécessaire que les plus hautes autorités de l’État agissent. « Les communiqués ne suffiront plus. Il faut des actions, des sanctions », a-t-il soutenu.

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