La poudre de talc est source de cancer

États-Unis : un géant pharmaceutique condamné à verser une indemnité record

0
390

Le tribunal de Saint-Louis (Missouri) a jugé que le cancer des ovaires dont est décédée une Américaine de 62ans avait un lien direct avec l’utilisation de produits à base de talc commercialisés par Johnson & Johnson. Le groupe a été condamné à verser 72 millions de dollars à la famille de la défunte.

Depuis 35 ans, c’était devenu un geste quotidien, «comme se brosser les dents», décrit son fils. C’est pourtant ce geste qui l’a tuée. En octobre dernier, Jacqueline Fox, une habitante de Birmingham (Alabama) de 62 ans, est décédée d’un cancer des ovaires diagnostiqué trois ans plus tôt. Lundi soir, après quatre heures de délibéré et trois semaines de procès, le tribunal de Saint-Louis (Missouri) a jugé que sa maladie avait un lien direct avec l’utilisation pour son hygiène intime des produits à base de talc du groupe pharmaceutique Johnson & Johnson. Et en particulier, de la célèbrissime poudre Baby Powder, devenue un indispensable des salles de bains américaines. Selon l’avocat de la famille Fox, Jere Beasley, du talc, retrouvé par un médecin dans les ovaires de la plaignante, avait causé une inflammation, qui s’était ensuite muée en cancer.

Jugé coupable de fraude, négligence et conspiration, le géant pharmaceutique a été condamné à verser 72 millions de dollars (65 millions d’euros) de dommages et intérêts à la famille de la victime, dont 10 millions de dommages compensatoires et 62 millions de dommages punitifs – un par année de vie de Jacqueline Fox.

1200 plaintes

Ce jugement est sans précédent aux États-Unis, où Johnson & Johnson fait pourtant l’objet de 1 200 plaintes similaires. Toutes accusent la compagnie d’avoir dissimulé, à des fins commerciales, le potentiel cancérogène de ses produits à base de talc. S’appuyant à la barre sur les travaux d’experts, l’avocat a avancé le chiffre de 1 500 décès de femmes chaque année «des suites d’un cancer des ovaires lié à l’utilisation de talc». Selon lui, Johnson & Johnson «était au courant des risques depuis les années 1980» mais avait délibérément choisi de «mentir au public, de mentir aux organismes de réglementation». Carole Goodrich, la porte-parole de Johnson & Johnson, a pour sa part assuré que la compagnie était «absolument certaine que le talc cosmétique est inoffensif, comme en attestent des décennies de recherche scientifique».

En réalité, les conclusions de l’American Cancer Society au sujet du lien entre talc et cancer des ovaires sont plus réservées que le prétendent les deux parties. «Certaines études font état d’une légère augmentation du risque, tandis que d’autres ne constatent pas d’augmentation», précise l’organisme. Une chose est sûre: plusieurs documents internes, présentés lors du procès, viennent mettre à mal l’idée que le groupe pharmaceutique était certain de l’innocuité de ses produits. En témoigne cette note rédigée en 1997 par un consultant médical à destination de l’entreprise, qui spécifie que nier le lien entre usage hygiènique du talc et cancer des ovaires revient à nier le lien entre tabac et cancer. Un autre document interne impute l’érosion des ventes au fait que de plus en plus de personnes connaissent les dangers des produits. Pour y parer, l’entreprise détaille une stratégie marketing consistant à cibler spécifiquement les populations noires et hispaniques, jugées moins au courant. Un document accablant dans ce procès, eu égard au fait que Jacqueline Fox était afro-américaine.

Selon des sources proches de l’entreprise, Johnson & Johnson devrait faire appel de la décision du tribunal de Saint-Louis. La juriste Nora Freeman Engstrom, citée par l’Associated Press, prévoit déjà que le montant des dommages et intérêts sera réduit en cour d’appel. Mais le millier de poursuites engagées contre la firme devrait donner lieu à d’autres procès à partir du mois d’avril. Le scandale Johnson & Johnson ne fait que commencer.

LAISSER UN COMMENTAIRE