Haïti : Etat de droit, bonne gouvernance, élections

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Audit et transparence : outils de bonne gouvernance et de performance du service public

La bonne gouvernance a été longtemps, comme l’état de droit,  un des slogans les plus médiatisés par les agences internationales et les organisations non gouvernementales intervenant en Haïti dans les initiatives de la réforme judiciaire. Fixée comme objectif d’une “saine gestion des affaires publiques“, la bonne gouvernance peut aussi être perçue comme une démarche, impliquant un ensemble de processus, visant à garantir l’exercice des responsabilités de “manière intègre, efficace,  équitable, transparent et comptable“.

Sans le nommer, il apparait évident aux esprits avertis que l’audit se trouve au cœur de cette passionnante démarche de gestion et d’administration. Certains auteurs vont même jusqu’à faire  de la bonne gouvernance le résultat, l’objectif de l’audit. D’autres vont même jusqu’à soumettre la gouvernance à une obligation d’audit a travers le métier d’audit de gouvernance qui se veut un outil d’évaluation et d’amélioration de la gouvernance d’une organisation.

Il semble que pour qu’il y ait réellement une démarche de bonne gouvernance dans une organisation que rien ne devait échapper à l’audit et à la transparence pas même la “bonne gouvernance”.

Évidemment ce qui est vrai à l’échelle d’une organisation ne saurait ne pas l’être à l’échelle d’un pays. A moins que ce soit une imposture de plus! A moins que la bonne gouvernance ne soit, comme l’état de droit, un slogan juste bon à mobiliser des fonds qui profiteront aux experts de l’urgence et aux architectes des grandes agences internationales, et à leurs éternels suppôts locaux,  qui structurent et qui vivent des dysfonctionnements institutionnels haitiens.

Donc  pour rester cohérent, audit, transparence et bonne gouvernance forment un tout qui s’impose à toutes les politiques publiques. Il ne saurait y avoir d’exclusion de champ pour l’application de la bonne gouvernance. Aussi est on étonné de voir que les mêmes agences internationales, les mêmes ONG, les mêmes experts  qui  s’époumonent  à longueur de journée dans les médias et financent  des symposiums, des colloques  et des ateliers sur la bonne gouvernance et sur l’audit  soient les mêmes qui revendiquent et justifient la magouille, la fraude et le refus d’audit dans le processus électoral haïtien.

Mais cette  contradiction n’est pas anodine, elle révèle même ce qu’on a voulu toujours maintenir dans l’opacité: la fausse vertu et l’imposture des initiatives internationales en Haïti.

Au vrai, il y a deux modèles de gouvernance qui s’excluent mutuellement et dont l’une ou l’autre structure la réalité des états  et des organisations:

  1. La gouvernance par les compétences à travers des processus d’affaires éthiques.

  2. La gouvernance par les accointances avec comme toile de voûte la corruption et les mauvais arrangements.

Chacun de ces modèles induit un certain climat social, économique et politique qui détermine le fonctionnement des institutions, l’efficacité du service public, la performance des entreprises, les exigences éthiques des professionnels, le modèle de management, la culture d’entreprise..etc…

L’un engendre la bonne gouvernance, la stabilité et un fort degré de confiance des citoyens dans le système de justice et dans les institutions de leur pays. L’autre engendre l’instabilité, les dysfonctionnements, les élections truquées, une offre politique sans valeur ajoutée, l’imposture des intellectuels, la course effrénée vers la réussite individuelle et une absence flagrante de confiance des citoyens dans les institutions de leur pays.

S’il y avait encore le moindre doute sur le modèle de gouvernance qui structure la réalité haïtienne, la crise électorale de 2015, le positionnement des acteurs, la désinvolture avec laquelle nous transgressons les règles de base de la vie sociale ont le bénéfice de révéler le déterminisme entre nos dysfonctionnements et la corruption de toutes les couches sociales du pays.

Ce serait contre-productif de s’arrêter là. Aussi  faut-il savoir que pour sortir de ce cycle d’échecs, il faut savoir poser les bonnes questions : À qui profitent les dysfonctionnements institutionnels haïtiens ?

Trouvez la réponse et vous trouverez la solution.

Erno Renoncourt, 23 décembre 2015
@erno_renoncourt
erno.renoncourt@integraledatastats.net

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