#JeSuisKenyan: Le Kenya pleure ses enfants

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Un pays, le Kenya, a été meurtri dans sa chair : 148 personnes, dont 142 étudiants, ont été assassinées en quelques heures par un commando djihadiste, jeudi, à Garissa, dans la province nord-est du pays. Comment blesser davantage le Kenya dans ses fibres les plus profondes, comment le toucher plus au cœur qu’en s’en prenant à ses enfants ? L’université de Garissa a été visée pour ces raisons. Tout a été conçu pour susciter, dans un second temps, l’effroi, la peine et la colère : des étudiants surpris dans leur sommeil, chassés impitoyablement, triés en fonction de leur religion avant d’être abattus (les chrétiens) ou épargnés (les musulmans ou ceux en mesure de réciter une sourate du Coran), le tout assorti de propos provocateurs dont les assaillants se doutaient bien qu’ils seraient rapportés par les survivants, souhaitant notamment aux étudiants « de bonnes vacances de Pâques », comme le transmet l’Agence France-Presse, avant de décider qui achever, qui laisser vivre.

L’un des assaillants identifié

Selon les autorités kenyanes, il s’agit d’un jeune Kenyan d’ethnie somalie, diplômé en droit et jusque-là apparemment promis à un brillant avenir.

“L’un des quatre shebabs qui ont attaqué l’université de Garissa (…) a été identifié comme Abdirahim Abdullahi”, originaire de la région de Mandera, située dans l’extrême nord-est du Kenya, frontalière de la Somalie, selon le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Mwenda Njoka. “Abdullahi était diplômé de la faculté de droit de Nairobi et décrit par quelqu’un qui le connaît bien comme un futur brillant juriste”, a-t-il ajouté. Son père, un responsable local d’une circonscription du comté de Mandera, “avait signalé aux autorités que son fils avait disparu et qu’il soupçonnait le garçon de s’être rendu en Somalie”, a poursuivi M. Njoka. Selon un proche, Abdullahi avait disparu depuis 2013.

Shebabs : une menace qui est montée en puissance

Nairobi mène depuis fin 2011 une intervention militaire dans le sud de la Somalie pour combattre les shebabs, et ces derniers ont encore menacé samedi le Kenya d’une “longue, épouvantable guerre”. Dimanche, aucune cérémonie officielle de deuil n’a été organisée, mais les chrétiens se sont rassemblés dans les églises pour la traditionnelle messe pascale, pour des prières largement consacrées aux victimes de Garissa. “Les terribles événements de Garissa sont encore frais dans nos esprits et dans nos coeurs, mais aujourd’hui est un jour de nouvel espoir”, a déclaré l’archevêque anglican Eliud Wabukala dans son sermon dans la cathédrale de Tous les saints de Nairobi, bondée. “Les terroristes veulent provoquer la peur et la division dans notre société, mais nous devons leur dire vous ne vaincrez pas.”

L’appel du président Kenyatta

La veille, le président Uhuru Kenyatta avait appelé à l’unité entre communautés chrétienne et musulmane. “Notre colère justifiée ne doit déboucher sur aucune stigmatisation”, a exhorté le chef de l’État en référence aux musulmans, Somaliens ou Kenyans d’ethnie somalie, souvent dénoncés ou victimes d’abus policiers après de telles attaques. Hassan Ole Naado, un dirigeant du Conseil suprême des musulmans du Kenya a aussi mis en garde contre les haines entre communautés religieuses dans un pays qui se revendique chrétien à 80 %, mais où vit une importante communauté musulmane. “Le Kenya est en guerre, nous devons tous rester solidaires”, a-t-il dit, mettant en garde contre l’objectif des shebabs qui est selon lui “de créer un conflit religieux”.

Face à l’indifférence de la communauté internationale, on se mobilise sur les réseaux sociaux

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Attaque terroriste en France contre le quotidien Charlie Hebdo: 12 morts, 11 blessés. Tous les médias en parlent pendant plusieurs semaines et toute la planète s’indigne et organise des marches partout au nom de la liberté d’expression. Tout le monde est Charlie.

Attaque terroriste au Kenya contre l’université de Garissa: au moins 147 étudiants tués, 79 blessés. La presse internationale en parle à peine et l’indifférence est presque totale dans le monde. Personne n’est “Étudiant de l’université de Garissa”.

Oui c’est le monde hypocrite dans lequel on vit.

Les internautes se sont mobilisés pour rendre hommage aux 148 victimes avec le hashtag #JeSuisKenyan, mais aussi pour manifester leur colère face à ce qu’ils décrivent comme une indifférence de la communauté internationale. On est bien loin de l’engouement suscité par les attentats de Paris, en janvier 2015.

C’est un Kényan qui a pris l’initiative de lancer ce hashtag, quelques heures seulement après le début de l’attaque. Un hashtag évidemment choisi en référence au #JeSuisCharlie qui avait envahi les réseaux sociaux dans le monde lors des attentats de Paris, en janvier dernier. Très rapidement, ce mouvement pour le Kenya a été suivi par des Français. #JeSuisKenyan était d’ailleurs en tête des mots-clés les plus utilisés en France le soir même de l’attentat de Garissa.

Sources combinées

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