Laissez vos enfants faire leurs devoirs tout seuls !

0
775

Stupeur ! S’impliquer dans les études de ses enfants serait-il néfaste ? Selon plusieurs études, les aider à faire leurs devoirs pourrait être source de mauvais résultats et génèrerait du stress à l’encontre du système scolaire.

On croit spontanément que les enfants réussissent mieux lorsque les parents sont activement impliqués dans leur scolarité. Cela ne serait pas forcément vrai. Deux études montrent en effet que les enfants aidés par leurs parents pour leurs devoirs ne feraient pas de meilleures études que ceux qui travaillent tout seuls. Au contraire. Dans leur livre La Boussole cassée, Keith Robinson, professeur de sociologie à l’université du Texas à Austin, et Angel L. Harris, professeur de sociologie à l’université Duke en Caroline du Nord, sont formels : dès l’entrée au collège, aider ses enfants ferait chuter leurs résultats scolaires, peu importe la classe sociale, l’origine ethnique (critère régulièrement pris en compte dans les études américaines) et les diplômes des parents.

Une étude qui paraît difficile à croire. Pourtant, elle est confortée par des travaux du PISA (le Programme international pour le suivi des acquis des élèves mis en place par l’OCDE) datant de 2009 et de 2012. Les résultats montrent que les élèves davantage aidés par leurs parents pour faire leurs devoirs obtiennent, en moyenne, de moins bons résultats aux tests de compréhension écrite et d’interprétation des énoncés scientifiques.

Ne pas généraliser

Un constat assez déboussolant pour les parents, qui auraient tendance à vouloir s’investir au quotidien dans les devoirs de leurs enfants. Des deux études ressort une conclusion quasi similaire : un enfant autonome apprend plus vite, comprend les problèmes de manière personnelle et se construit lui-même une façon de travailler. Pour les enseignants, cette autonomie se met en place progressivement. « En primaire, il faut aider les enfants. Mais au fil des classes, il faut doucement commencer à les laisser travailler seuls », estime Sophie, institutrice à Gennevilliers. Pour Julien, professeur de mathématiques au collège, « dès la 6e, les enfants doivent apprendre à se débrouiller par eux-mêmes, au moins en partie. Cela les aide à mieux comprendre les choses. C’est moins le cas si leurs parents sont toujours sur leur dos ».

Cet apprentissage de l’autonomie est à appliquer avec discernement: « Les élèves qui sont très bons ou ceux qui se débrouillent n’ont que très rarement besoin de l’aide de leurs parents, alors que ceux qui ont des difficultés à l’école doivent bénéficier d’un soutien parental », estime le professeur de mathématiques. Autre raison de se rassurer : « Ce qui nuit généralement aux élèves, c’est le suivi quotidien, strict et encadré des parents. Pas les petits coups de pouce de temps en temps », constate l’étude américaine.

Source d’anxiété

Pour le psychiatre François Janzi, spécialiste de l’adolescence et de l’éducation, « ce qui perturbe l’adolescent, c’est que le parent qui veut l’aider apporte un autre modèle que ce qu’il a appris à l’école. L’implication du parent, qui croit bien faire, tend souvent à brouiller les choses plutôt qu’à les éclaircir. En général, l’enfant n’ose pas le dire. Il dit “oui, oui, d’accord”, alors qu’il n’a pas compris ». L’intervention des parents prend parfois des allures de confrontation entre deux autorités. D’un côté, l’école avec ses règles, et de l’autre, la famille. Ce mélange des genres peut troubler l’adolescent, qui a besoin que l’école et les parents soient bien dissociés ».

Si les parents veulent aider leurs enfants, c’est évidemment pour les faire progresser, pour qu’ils réussissent à l’école et plus tard dans la vie, mais aussi parce qu’« ils ont des conceptions très personnelles de l’école et de la scolarité de leurs enfants ». Ils rejouent parfois leur enfance et projettent largement. « On sait toujours ce qu’il faut dire ou faire avec les enfants des autres. Mais pour les siens, c’est tout de suite les cris et l’angoisse dès qu’ils ont mal fait un exercice. Comme s’ils étaient foutus », explique Astrid, mère de 2 adolescents. Les enfants sentent cette tension, parfois même la déception de leurs parents qui « ont une idée préconçue de la façon dont ils devraient travailler. Bien souvent, ils aimeraient qu’ils reproduisent leurs méthodes et leur parcours », explique le psychiatre. Un comportement qui serait cause d’anxiété : « Les enfants peuvent ressentir cet encadrement comme un manque de confiance, une surprotection. Cela peut profondément les stresser et mettre à mal leur envie d’apprendre, leur relation avec le système éducatif. »

Instaurer un dialogue régulier

Si depuis des années vous consacrez votre énergie à accompagner l’apprentissage de vos enfants, rassurez-vous. Chaque enfant suit sa voie. Et la lecture à voix haute, les discussions sur la planification du travail ou sur le monde qui les entoure, la diversité professionnelle et sociale autour d’eux, tout cela leur est bénéfique, assurent les chercheurs. Enfin, pour lutter contre la déscolarisation, un dialogue régulier avec les professeurs est primordial. Et pour ceux qui s’inquiéteraient, « passer de temps en temps une tête pour voir si son enfant n’a pas besoin d’aide, cela ne fait pas de mal, rassure François Janzi. L’important, c’est d’être à l’écoute, et s’impliquer un peu trop vaut mieux que laisser l’enfant complètement seul ».

Le Figaro

LAISSER UN COMMENTAIRE