Fin d’Internet Explorer, Spartan prend la relève

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Vers la fin définitive d’Internet Explorer ? Microsoft va lancer Spartan, son nouveau navigateur 

Il y a Google Chrome pour sa simplicité. Il y a Firefox pour les adeptes du libre et TorBrowser pour ceux qui tiennent à protéger leur vie privée. Il y a Safari pour regarder les conférences d’Apple et Opera pour les snobs. Enfin, il y a Internet Explorer.

Une chronique aussi acide que visionnaire d’un journaliste du Figaro jetait récemment l’opprobre sur les adeptes du navigateur de Microsoft. «Au boulot, Internet Explorer est tellement mal vu qu’il vaut mieux le planquer», écrivait-il. Bientôt, ce ne sera plus la peine. Le site spécialisé The Verge indique que Microsoft s’apprête à tuer à petit feu la marque «Internet Explorer». Elle qui fêtera, en juin prochain, ses vingt printemps.

Le directeur marketing de la firme, Chris Capossela, a en effet annoncé que le navigateur livré avec Windows 10, pour l’instant désigné par le nom de code «Project Spartan», ne s’appellera pas Internet Explorer. L’honorable navigateur au logo bleu restera en arrière-plan pour des raisons de compatibilité. Mais il ne se tiendra plus, fièrement, parmi les icônes du bureau, entre la corbeille et le poste de travail.
Un monopole énervant

Pourquoi déteste-t-on tant Internet Explorer? Le navigateur fut un prince vaniteux puis un roi paresseux. En 1997, l’explorateur d’Internet était un petit logiciel qui montait et qui grapillait des parts de marché au géant d’alors, Netscape. Au terme d’une soirée célébrant une nouvelle version du navigateur dans les locaux de Microsoft, quelques plaisantins se sont amusés à poser un logo géant d’Internet Explorer devant les bureaux de Netscape. La farce, relatée à l’époque par SFGate, est contrée par les employés de Netscape. Une mascotte de plusieurs mètres de haut, ressemblant à un dinosaure, écrase alors le logo. Son nom: Mozilla. C’est le nom que prendra la fondation à l’origine du navigateur Firefox, née des cendres de Netscape Communicator. Amusant présage.

Au début des années 2000, Internet Explorer étouffe la concurrence. Netscape est mort et Mozilla Firefox se lance à peine. Les chiffres concernant les parts de marché sont très fluctuants d’une étude à l’autre, mais tous illustrent le règne sans partage du navigateur mal-aimé. Le logiciel de Microsoft est préinstallé dans toutes les versions de Windows, jusqu’à devenir un synonyme d’Internet. Ce monopole a été plusieurs fois attaqué sur le terrain légal et judiciaire. En 2000, un juge fédéral américain a déclaré illégale l’impossibilité, pour les utilisateurs de Windows, de supprimer Internet Explorer de leurs ordinateurs. En 2009, la Commission européenne parvient à faire plier Microsoft: la firme accepte de donner le choix à ses utilisateurs européens entre Internet Explorer, Firefox, Chrome et Opera.

Si le monopole gênait autant, c’est aussi parce qu’Internet Explorer a longtemps été considéré comme pétri de failles. Dans un classement de 2006, le magazine PC World avait classé Internet Explorer 6 parmi les dix pires produits technologiques de tous les temps. Microsoft mettait alors un temps fou pour corriger ses vulnérabilités, parfois béantes. Fort de son monopole, Microsoft s’est reposé sur ses lauriers pendant cinq ans: c’est le temps qu’il a fallu pour passer de la version 6 à la version 7 du logiciel.

Le navigateur est alors devenu la proie des quolibets: il est devenu «Internet Exploder» et sa lenteur a fait l’objet de nombreuses blagues chez les connaisseurs. À quoi sert Internet Explorer? À télécharger un autre navigateur.

Vilain petit canard

Dépassé par Google Chrome, lancé en 2009 et désormais leader, au coude-à-coude avec Firefox qui jouit d’une bien meilleure réputation, Internet Explorer joue de son statut de vilain petit canard du Web. Le compte Twitter de la marque est attendrissant. Sur YouTube, des publicités mettent en scène le geek qui force tous ses proches à changer de navigateur. Internet Explorer a même été adapté dans un dessin animé à la japonaise, sous les traits d’une jeune femme appelée Inori Aizawa.

Aujourd’hui, avec ses versions 10 et 11 Internet Explorer n’est pas un mauvais navigateur. Ce n’est pas le plus rapide, il utilise toujours Bing, le moteur de recherche de Microsoft, par défaut, mais il n’est pas mauvais. Et malgré tous les efforts de Microsoft pour regagner le cœur des internautes, le navigateur poursuit sa longue descente aux oubliettes. Satya Nadella, successeur de Steve Ballmer et de Bill Gates à la tête de l’entreprise, doit donc se résoudre à enterrer un pan de son histoire: le nom suranné d’Internet Explorer.

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