Wilson Laleau, les véhicules usagés et l’appel des concessionnaires

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Posséder un véhicule neuf est un luxe pour beaucoup trop d’Haïtiens. Souvent, pour avoir un véhicule de deuxième main, un “machin n pèpè” importé de l’étranger, on compte sur un parent généreux de la diaspora ou sur ses maigres économies . Quand, la semaine dernière, le ministre de l’Économie et des Finances, Wilson Laleau, a annoncé que seule l’importation de véhicules usagés ne dépassant pas cinq ans est autorisée, dans le cadre des dispositions du projet de budget révisé, certains ont crié au «complot pour empêcher aux gens à petit revenu de rouler un véhicule ». En l’espace de quelques heures, coupant court à la grogne, le secrétaire d’État aux Finances, Ronald Décembre, a évoqué « la correction » apportée à cette décision.

« Nous avons fait la correction. On pourra importer des véhicules au-delà de huit ans. Pour les camions, c’est au-delà de 12 ans. L’importateur paiera 25 % de la valeur du véhicule, du camion ainsi que les autres taxes », a expliqué le secrétaire d’État Ronald Décembre. Le gouvernement considère qu’il s’agit là « d’une taxe pour la protection de l’environnement ». Des véhicules importés, bons pour la fourrière après vingt ans de service et plus, polluent l’environnement, sont abandonnés sur la chaussée une fois tombés en panne, a souligné le secrétaire d’État.

Si les autorités ont décidé d’être tatillonnés sur les bords par rapport aux « machin pèpè », chaque année, on estime le nombre de véhicules usagés importés entre 25 et 30 000. Ce poste d’importation apporte beaucoup d’argent au Trésor public. Pour l’exercice 2010-2011, la douane a collecté des redevances de l’ordre de 9 milliards 467 millions 724 mille 294 de gourdes. L’exercice suivant, 2011-2012, 7 milliards 580 millions 645 mille 587 gourdes sont entrées dans les caisses. Il y a eu une légère baisse pour l’exercice 2012-2013 avec des perceptions de l’ordre de 6 milliards 493 millions 092 mille 690 gourdes. Pour 2013-2014, les perceptions ont flirté avec le niveau de 2011-2012 en atteignant les 7 108 498 563, selon des statistiques fournies par l’Administration générale des douanes.

Pour réduire la pollution, les grosses dépenses dans l’achat de pièces de rechange, l’idéal serait de pouvoir acheter un véhicule neuf. Mais, pour beaucoup, c’est la croix et la bannière pour rouler un véhicule neuf. « J’ai dû montrer patte blanche, donner l’acte de décès de ma grand-mère à la banque afin d’obtenir un financement sur un véhicule », a raconté avec sarcasme Jean Alexis, proche de la trentaine, marié, propriétaire d’une PME avec un cahier de commandes encourageant. Avec sa compagne, il verse 30 000 gourdes par mois à la banque qui l’a financé, assurance comprise. « Je suis conscient d’être un privilégié, mais je devais faire ce sacrifice, car dans le métier que j’exerce, l’apparence compte », a-t-il dit, lunettes à la Malcolm X sur le nez.

Fabrice Rouzier de Auto Plaza, un concessionnaire de véhicules, reconnaît que l’accès au crédit plombe des envies de jeunes socioprofessionnels à rouler un véhicule flambant neuf. Il n’y a pas que ça comme frein dans ce marché où les 13 concessionnaires de véhicules réunis importent autour de 4 000 véhicules l’an. Les taxes sont très lourdes. Les concessionnaires sont unanimes à le reconnaître, a confié Fabrice Rouzier. Sur un pick-up par exemple, au-dessous de 2200 cc, on paie 10 % de droits de douane, 0 % de droit d’acises, 5 % de frais de vérification, 2 % de CFDGCT, 1 % de droits spéciaux, 10, 5 de TCA à la réception, 22 % pour TPI et FER, soit 50 % du prix CIFT, a expliqué Fabrice Rouzier. Dans un autre cas, pour un véhicule au-dessus de 2200 cc, les taxes sur le prix du CIFT atteignent 60 % à cause des 10 % des droits d’acises.

« Il faut revoir beaucoup de ces taxes à la baisse », a plaidé le concessionnaire, qui souligne aussi que « le freight vers Haïti est plus cher que le freight vers d’autres pays comme la République dominicaine ou les États-Unis ». Les facilités portuaires sont très chères également, a expliqué Fabrice Rouzier, qui milite ouvertement en faveur des petites cylindrées. L’allègement des taxes combinées à des crédits plus flexibles pourraient aider de jeunes professionnels à rouler dans des véhicules neufs qui offrent plus de garantie que le véhicule usagé, le « pèpè », a-t-il soutenu, déplorant que l’accès au crédit pour acquérir des petites cylindrées moins polluantes et plus économiques soit « beaucoup plus difficile ».

En off, un militant vert avoue être sensible à ce discours officiel qui prend en compte la pollution générée par les véhicules usagés, greffé au problème de la mauvaise qualité du carburant utilisé en Haïti. « Il faut cependant prendre en comptes toute les contraintes liées à la pollution environnementale », a-t-il dit, rappelant la difficulté à gérer les déchets et les mesures qui n’ont que l’effet d’annonce comme la guerre perdue lancée contre les assiettes en styrofoam.
Pour le moment, il reste à savoir si ces mesures annoncées ne seront que de simples annonces. Les gens de ce qui reste de la classe moyenne rêvent de rouler un véhicule. Usagé ou neuf…

Le Nouvelliste

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