Mourad Benchellali: son erreur de jeunesse lui a couté 30 mois d’emprisonnement à Guantanamo

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Mourad Benchellali, 33 ans aujourd’hui, a été prisonnier 30 mois à Guantanamo à cause d’une erreur de jeunesse.

Originaire de la Cité des Minguettes à Vénissieux, dans la périphérie lyonnaise, le jeune Mourad Benchellali était un jeune comme beaucoup d’autres. Il suivait les cours, exerçait un petit boulot et avait une petite amie. Contrairement à lui, sa famille était dans le collimateur de la police. Son père, imam radical selon certains, s’était notamment fait remarquer à une époque car il voulait que ses filles aient le droit de suivre les cours en portant le voile. Mourad Benchellali n’était pas particulièrement intéressé par la religion, contrairement à son frère Menad, et lorsqu’il allait à la mosquée, c’était davantage pour fréquenter ses amis.

En juin 2001, quelques mois avant les attaques du 11 septembre aux Etats-Unis, son frère le convainc de partir passer l’été en Afghanistan en lui vantant l’aventure qu’il connaîtra. Âgé de 19 ans, muni d’un faux passeport et mentant sur l’endroit où il se rend, il part pour ce pays qui est pour lui une destination qui l’intrigue. En outre, il admet aujourd’hui qu’il voulait à l’époque voir quelque chose de nouveau et que l’idée de revenir à Vénissieux et de dire qu’il s’était rendu en Afghanistan le fascinait. Mais une fois sur place, la réalité est totalement différente. Des membres d’Al-Qaeda l’interceptent et l’emmènent vers un camp d’entraînement de l’organisation terroriste où il séjournera deux mois dans des conditions extrêmes, « piégé au milieu du désert et par sa propre stupidité ». Là, il sera même amené a rencontré Ben Laden en personne venu encourager les nouvelles recrues à commettre des attentats suicides mais il ne s’en soucie pas davantage car il ne parle pas l’arabe.

Par la suite, les attaques terroristes du 11 septembre vont changer la donne de sa destinée. Alors que le camp d’entraînement est bombardé et qu’il fuit vers le Pakistan dans le but de trouver un moyen de rentrer en France, le piège se referme, selon ses propres mots. Mourad Benchellali est intercepté par les services de police pakistanais qui recherchent les auteurs des attentats et remis aux autorités américaines qui décident de l’emprisonner à la prison de Guantanamo Bay, à Cuba où il est envoyé en janvier 2002. Benchellali passera deux ans et demi enfermé à Guantanamo et écrira une autobiographie qui raconte cette terrible expérience, « Voyage vers l’enfer ».

Dans la prison américaine, il porte le matricule 161 et il découvre la torture psychologique et physique et les actes d’humiliation. Son ouvrage évoque également les traumatismes consécutifs de cette période. Pendant ces 30 mois, Mourad Benchellali qui attend d’être jugé découvre des personnes pour qui le jihad est la vie, des personnes dont l’esprit est faussé par l’extrémisme et dont les âmes sont remplies de haine. Mais l’immense majorité des visages dont il se souvient sont ceux de personnes désespérées, qui souffrent et dont l’incompréhension s’est transformée en folie silencieuse. Dans un éditorial du New York Times de 2006, il dénonce « la cruauté illimitée d’un système incapable de libérer les innocents et incapable de punir les coupables ». Il sera ensuite libéré pour manquement de la procédure puis condamné à un an de prison.

Aujourd’hui complètement réhabilité, Mourad Benchellali souhaite partager son expérience avec les jeunes. Sollicité tant par les autorités, les médias et par des institutions, il raconte sa trajectoire et véhicule un discours tempéré afin d’éviter que des jeunes ne vivent un cauchemar identique à celui qu’il a connu. Benchellali ne souhaite pas se faire cataloguer de « djihadiste repenti » et s’écarte des explications qui se basent sur le radicalisme religieux. Quand on l’interroge, il explique qu’il se revoit dans cette jeunesse. Pour lui, son récit peut avoir une portée et peut amener les jeunes à réfléchir.

« Ces jeunes idéalisent la situation et je leur explique que, là-bas, ils ont plus de probabilités d’être embrigadés par des criminels que de servir la bonne cause, d’avoir l’occasion d’aider leur prochain et qu’au bout du chemin ce sera sûrement la prison ou la mort », ajoute-t-il.

Selon Benchellali, il est nécessaire de comprendre pourquoi ces jeunes sont plus vulnérables à la propagande de l’Etat islamique et pourquoi ils ne s’identifient plus à la communauté nationale.En outre, le radicalisme religieux n’explique pas tout. Par ailleurs, la répression et la politique carcérale renforcent cette radicalisation, conclut-il.

Express.be

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