La ville aux assassins

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Mackendy Orélien, sac d’école sur le dos, git sur le sol, presque en face de l’école nationale de Cazeau, à Tabarre 4. Sa cervelle est visible à l’orifice de sortie d’une balle. Il n’a suffit que d’une balle, d’une seule balle pour anéantir les rêves de cet écolier dont le seul péché est de croiser, à sa sortie d’école, le collège Voltaire d’Haïti, la route de trois bandits armés au moment de l’attaque perpétrée contre l’ex-député de Pignon Udson Nelson, blessé, mais avec un pronostic vital non engagé. L’ex-député revenait de la banque.

Pendant des heures, d’autres écoliers, des centaines, ont regardé le corps sans vie de Mackendy Orélien au bord de la route. Dans les deux sens, à moins de trois kilomètres, il y a le camp de la BIM à carrefour Clercine et le sous-commissariat de police de Cazeau presque à l’angle de la route nationale numéro 1. Il n’y avait personne, aucun policier en uniforme dont la présence aurait pu dissuader les assassins qui écrivent à l’encre rouge sur la page blanche d’une citée angoissée à cause de la résurgence brutale de l’insécurité.

Le porte-parole de la PNH, Gary Desrosiers, qui reconnaît un regain de l’insécurité, assure que la police va “redoubler de vigilance”. “Nous ne nous dédouanons pas de nos responsabilités”, a t-il indiqué, interrogé par Radio Kiskeya. « La PNH couvre le territoire avec l’effectif dont elle dispose », a-t-il répondu en guise de réponse à l’observation d’un relâchement du dispositif de sécurité dans la zone métropolitaine. Il a encore une fois appelé la population à collaborer avec la PNH pour mettre les bandits hors d’état de nuire.

La veille au soir, à Mahotière 79, des individus circulant à moto ont ouvert le feu sur 3 jeunes hommes assis dans le voisinage. L’un d’eux est mort sur le coup et les deux autres à l’hôpital, a confié dans la presse le commissaire de police de carrefour Frantz St-Armand. « Il faisait noir au moment de l’attaque et aucun témoin n’a pu communiquer le signalement de ces bandits à la police », a indiqué le responsable du commissariat de police de Carrefour.

Mardi soir également, le braquage d’une station d’essence à Duval, Croix- des- Bouquets, s’est soldé par deux blessés. Des hommes armés circulant à moto ont logé quatre balles dans le corps de l’agent de sécurité de la station, volé son fusil à pompe calibre 12 avant de s’emparer d’une somme estimé à 400 000 gourdes selon Pécanov Désir, employé de cette pompe à essence, propriété de Harry Céant, frère du candidat à la présidence, Me Jean Henry Céant.

Pour mettre un peu plus d’ombre à ce tableau déjà sombre,entre janvier et début mars, six policiers ont été tués par balle, a dit Gary Desrosiers, porte-parole de la PNH. La dernière victime en date, Junior Jean Jacques, mortellement blessé à Delmas 31, a été dépouillé de son arme de service.

Préoccupé face à cette remontée spectaculaire de l’insécurité, Pierre Espérance, coordonnateur du RNDDH, a appelé les autorités gouvernementales à “assumer leurs responsabilités”. Il confirme l’existence de tensions internes au sein de la police et des manœuvres d’individus puissants, peu scrupuleux pour déstabiliser Normil Rameau le patron de la DCPJ et Godson Orélus dont le mandat à la direction de la PNH arrive à terme dans six mois. Bien avant que ces actes criminels aient été perpétrés ces dernières 48 heures, d’autres braquages, certains mortels de gens sortant de la banque ou de maison de transfert ont été signalés ces dernières semaines.

Cette nouvelle flambée de l’insécurité intervient quelques mois avant la tenue des élections, sur fond d’une crise sociale qui s’aggrave, d’une explosion de violence dans des endroits précaires comme Cité Soleil où l’on ne sait plus compter les morts. Fin 2014, la connivence entre des agents de l’APENA et Clifford Brandt a permis la sortie de 327 prisonniers dont des crminels dangeureux. A ce jour, seulement une centaine a été récupérée alors qu’il est évident que des gangs sont aujourd’hui renforcés. Comme pour confirmer ce qui ressemble plus à de l’indifference qu’à un relachement, mercredi soir, il n’y avait aucune disposition particulière pour renforcer les patrouilles ainsi que les fouilles.

La ville est livrée aux bandits. Delmas, Tabarre, Pétion-Ville c’était la vie as usual. Et ce n’est pas une vue de l’esprit dans cette zone métropolitaine où la moyenne mensuelle de mort oscille autour de 50, avec ou sans écho d’acte de banditisme dans la presse. En général, tout est fait pour occulter ces chiffres, pour ne pas les rendre publics. Par le passé, des chefs ont fait des misères à des fonctionnaires de la morgue pour avoir communiqué de mortelles statistiques.

Le Nouvelliste

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