La cigale Martelly

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Début février, au second jour de la grève pour exiger une baisse des prix des produits pétroliers, le Premier ministre Evans Paul avait annoncé qu’il n’y aura pas de carnaval des fleurs cet été. Il était juste à côté du président Michel Martelly lorsqu’il avait fait cette annonce, après la visite d’un chantier au wharf Jérémie.

Moins d’un mois après et moins d’une semaine après les funérailles des 17 victimes du lundi gras, Martelly désavoue son PM : le carnaval des fleurs aura lieu. Il l’a dit au cours d’un gala au Karibe, jeudi soir. La question ne se pose même pas pour Carifesta parce qu’à Curaçao, l’an passé, le président de la République avait pris l’engagement d’organiser cet évènement.

Le cap est mis sur la fête. L’état d’urgence qu’a souhaité décréter Wilson Laleau à cause, entre autres, de la raréfaction des fonds PetroCaribe et d’autres ressources, est tranquillement éjecté de l’actualité même si, dans la réalité, des ressources manquent au Trésor public. Pour payer certains fournisseurs privés de courant électrique s’il fallait citer un exemple.

En privé, ces chefs fêtards, sébile en main, pressent des partenaires internationaux afin d’obtenir un appui budgétaire et aussi des fonds pour financer des travaux à haute intensité de main-d’œuvre et de calmer la tension sociale. Sur le principe de l’appui budgétaire, des institutions financières internationales n’auraient pas d’objection mais des conditions. L’une des exigences est la réforme dans le secteur portuaire, a confié une source.

Le FMI devra impérativement fournir un nouveau rapport sur l’état des finances publiques avant, a-t-il aussi souligné, sans se faire d’illusion. Par le passé, une institution financière internationale, après avoir conditionné son appui budgétaire à des réformes dans le secteur de l’énergie électrique, a reconnu qu’il y a un statu quo dans ce secteur et un début de réforme qui ne risque pas d’aboutir.

Jusqu’ici, Haïti et ses dirigeants ne surprennent personne à Washington, à Bruxelles. On sait que les dirigeants de ce petit pays de la Caraïbe ne sont pas logés à l’enseigne de la bonne gouvernance, encore moins de l’application de politiques publiques pour sortir raisonnablement du trou de la pauvreté dans lequel végètent six millions d’Haïtiens, soit plus de la moitié de la population. L’efficience dans les dépenses publiques est le cadet des soucis dans cette République qui ne demande pas de comptes, mais qui dispose d’une cour des comptes qui peine à jouer son rôle, comme celle de la France par exemple.

Si certains s’offusquent face à cette gouvernance à courte vue, d’autres, le verbe trempé de sarcasme et de dépit, rappellent qu’on ne pouvait pas s’attendre à autre chose de Michel Martelly, l’ex-président du carnaval devenu président de la République. Il est dans son élément, dans le domaine dans lequel excelle, dans le domaine ultra centralisé contrôlé par des affidés.

Pour le moment, en faisant cette annonce, le chef de l’Etat croit probablement avoir gagné le bras de fer avec des syndicats. Une bonne partie de la population a déjà jugé cette administration non crédible, trop flambeuse pour leur demander de se serrer la ceinture en refusant toute baisse substantielle des prix des produits pétroliers dont le cours a chuté de manière drastique récemment.

Le temps donnera la facture des maladresses. Comme c’est le cas avec la diplomatie haïtienne sous Martelly qui a mis sur le grill des ressortissants haïtiens dans certains pays comme les Bahamas. Avec Martelly, Haïti a fait le choix de la cigale. Le pays dansera peut-être ses problèmes avant et après les élections…

Le Nouvelliste

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