Parier sur les institutions

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Avez-vous suivi l’actualité de ces derniers jours ? Disons depuis décembre.
Ne vous enfermez pas dans les cadavres du carnaval. Bien que ces morts du lundi gras doivent nous interpeller. Notre échec est écrit en épitaphe sur leur tombe.

Le gouvernement qui s’est spécialisé dans la réalisation des carnavals échoue à bien finir sa fête au cœur de Port-au-Prince. Martelly et ses amis laissent le bilan du mardi gras le plus sanglant de notre histoire. Pourquoi ? Parce que les institutions ne jouent pas leur rôle de planification, de contrôle, de supervision. Les institutions impliquées dans le carnaval ont échoué. Le carnaval ne sera pas changé par le passage à la tête du pays d’un des plus grands animateurs de foule que l’Etat ait jamais eu au timon de ses affaires. Le moins que l’on puisse attendre est la mise en place de commissions crédibles et la rédaction de rapports sérieux. Faute de réparer les torts, on pourra prévenir. Parier sur l’avenir. Monter des institutions nous conduira plus loin que la plus fidèle des bandes d’amis qui festoient.

Le Premier ministre a reçu ce lundi des membres du Forum économique du secteur privé en ses bureaux. Une rencontre formelle. Institutionnelle. C’est rare. Assez rare pour le souligner à l’encre forte. Selon le communiqué des services de communications d’Evans Paul, « les discussions ont notamment porté sur la mise en place d’un partenariat entre les secteurs public et privé en vue de créer un climat social favorisant la tenue d’élections inclusives, honnêtes, libres et démocratiques sur toute l’étendue du territoire national, ainsi que des programmes de création d’emplois dans les zones urbaines et périurbaines ». Enfin !!! Le secteur privé parle d’élections avec le gouvernement, c’est une surprise. On se demande à quand la rencontre avec les partis politiques de l’opposition. Une rencontre au grand jour. Car il faut parier sur les institutions, Messieurs les hommes d’affaires. Les institutions. Celles qui organisent les élections et celles qui y concourent. Les institutions avant tout. Sinon la démarche du jour restera dans les annales de vos habituels petits démarchages.

Les amis d’Haïti font le tour des autorités. Diplomates et parlementaires étrangers, dignitaires et hommes d’affaires viennent prendre le pouls du nouveau pouvoir. Ils lient connaissance. Jaugent. Évaluent. Conseillent. Mettent en garde. C’est le jeu à chaque changement d’équipe. Les amis d’Haïti n’ont pas d’amis en Haïti. Ils cherchent toujours les nouveaux poulains sur qui parier pour le prochain mètre, le kilomètre suivant ou la course au long cours. Rien n’est jamais acquis : ni les réputations, bonnes ou mauvaises, ni les amitiés. Les tapes dans le dos et les mots d’encouragement font passer les pilules et permettent de vérifier la force des convictions. Au final, ce sont les institutions qui restent et toute notre faiblesse s’y lit. Changer d’homme ne change rien en Haïti. Les piètres institutions les modèlent à leur image devant leur incapacité et leur refus de forcer le cours de l’histoire.

Pour revenir à l’actualité depuis décembre, demandons-nous qu’est-ce qui a changé depuis le rapport de la Commission consultative ? Des changements cosmétiques ont eu lieu. Des tripatouillages politiciens ont été exécutés. Les institutions sont restées intactes. Les problèmes aussi. Les tentatives de solution idem. Depuis 1986, les étudiants manifestent sans intelligence et sans résultat. La campagne agricole de printemps n’a aucun objectif de récolte et tout le monde s’en contente. Le Conseil électoral n’a toujours pas d’âme, mais on en attend des miracles.

Rien n’est plus confortable en Haïti que les vieilles chaussures que sont nos institutions. Ne vous étonnez pas que les uns et les autres rêvent d’y trouver la pointure qui leur sied.

Le Nouvelliste

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