Saint-Domingue, basta !

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La pendaison d’un de nos frères haïtiens en République Dominicaine est avant tout un assassinat politique avant d’être un crime de pure haine ou de droit commun. Ce n’est point avec de banales poursuites judiciaires que justice sera vraiment rendue à Haïti et à son fils pendu. D’ailleurs tout l’appareillage institutionnel dominicain est devenu pour l’Haitien un système fait d’hostilités racistes. À travers ce frère martyr, c’est Haiti tout entière que les auteurs de cet acte monstrueux visent. Un pays, son peuple menacés dans leur existence par une idéologie raciste triomphante chez son voisin géographique immédiat.

C’est assez significatif et parlant que le drapeau haïtien ait été concomitamment piétiné et brûlé. Le rêve et la volonté d’annihiler l’autre exprimés en puissance par le feu dans ce qu’il est symboliquement et physiquement. D’aucuns objecteront qu’il ne s’est agi que d’actes de minorités violentes. Soit ! Cependant, quand ces minorités sont tolérées et opèrent dans un environnement légal et politique qui encourage la traque et le bannissement de tout ce qui se rapporte à l’Haitien, eh bien ces minorités cessent d’être des entités solitaires et isolées pour devenir des éléments bien articulés d’un système ordonné, d’un ensemble cohérent. Les majorités génocidaires ont toujours eu, en histoire, pour parents géniteurs les minorités idéologiques criminelles puissantes et tolérées.

Le drapeau est le symbole qui témoigne de l’existence d’un État, d’une République, d’une nation et d’un pays. L’Haïtien, c’est la preuve humaine de l’existence du peuple haïtien. Deux symboles, l’un matériel et l’autre humain, assassinés le même jour sur une place publique. Le lieu de perpétration de ce double crime est d’une charge symbolique effrayante. Les extrémistes islamistes s’isolent dans le désert pour couper des têtes d’otages. Les terroristes dominicains, eux-mêmes, ne se gênent pas pour s’exposer sur la place publique avec fierté et en toute liberté dans l’acte mille fois répété de mise à mort ou de lynchage d’Haïtiens. C’est toute la hargne anti-Haïtiens, tout le projet national dominicain anti-Haïtiens et aux accents racistes génocidaires qui s’étalent ainsi publiquement sans complexe à la face du monde.

Une loi n’a pas suffi pour que l’Etat dominicain extermine civilement des milliers de Dominicains de souche haïtienne. Il faut aussi les rayer un à un du sol dominicain par l’assassinat physique.

L’école et les autres institutions de socialisation en République Dominicaine ont carrément fait du peuple dominicain un grand ennemi pour le peuple haïtien. Il nous faut en prendre acte. Bien sûr avec tact, patience et intelligence tactique et stratégique. La réponse à ces doubles assassinats en continu devra être nécessairement politique dans la longue durée. Il faudra tout réformer et tout repenser de l’intérieur. En Haïti même. Car l’Haïtien est au premier chef le vrai ennemi de l’Haïtien du dedans et du dehors. Qu’avons-nous fait de notre peuple ? Du peuple héroïque et légendaire qui a fait 1804, il n’en reste aujourd’hui que le peuple déchu dit paria d’Amérique. Il nous faudra nous réinventer en tant que peuple pour retrouver notre âme perdue, nous projeter autrement dans l’avenir et nous faire respecter ailleurs. Sinon, nous risquons un jour de ramasser à la pelle des cadavres d’Haïtiens sur le sol hostile dominicain. Le génocide sera alors parfait. Avec notre propre complicité.

La réponse à la République Dominicaine devra être politique, dis-je. Et ce n’est point cette génération de politiciens haïtiens sans foi ni loi, versés jusqu’aux os dans la corruption avec la mafia et les pouvoirs successifs dominicains, qui donneront cette nécessaire réponse. Cette reponse est à construire. L’alternative politique pour porter le projet national haïtien est aussi à construire.

En attendant, le mot d’ordre est ceci : un Haïtien ne doit jamais voter à un poste électif en Haïti un candidat suspecté de mèche et de connivences politiques anti-nationales et financières avec la République Dominicaine.

Daly Valet

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