Décès de Jean-Marie Gabriel: Yvenert Foesther Joseph réagit

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 Je ne voulais rien écrire sur cette disparition soudaine de Jean-Marie Gabriel, notre chouchou de l’émission “Matin Caraïbes”. Mais, à l’expérience que j’ai vécue ces derniers jours tant au studio le lendemain que derrière mon petit récepteur après, je dois ajouter cette dernière note importante et nécessaire.

A la vérité, Jean Marie Gabriel était tout ce qu’on dit, disait et dira de lui. Intelligent, brillant, grand homme, bien-aimé de tous, charmant, célèbre, etc. On n’oublie aucune bonne qualité, aucune flatterie, aucune marque de sympathie en parlant de lui; c’est appréciable et apprécié! Et, il faut continuer à trouver des qualificatifs comme si tout le monde ne voyait en lui que la pureté, la bonté, l’espoir, l’utile et l’agréable. C’est ça, la société haïtienne et qui suis-je pour changer cette longue et belle tradition!

Toutefois, je veux dire à tous et à toutes que j’ai beaucoup appris de cette mort subite d’un collègue, d’un si proche collaborateur. Cela me commande d’être plus soucieux de mon boulot, plus attentif aux autres, plus disponible et disposé à contribuer au développement, à la construction de l’autre car, qui sait, c’est peut-être lui ou elle qui continuera ce long chemin que j’ai emprunté de mon vivant. La disparition de Gabriel me fait bien comprendre qu’il n’est pas nécessaire d’être brillant, compétent, discipliné ou quoique ce soit de sérieux, honnête et loyal dans cette société haïtienne pour connaitre la gloire, le bonheur, le respect et surtout la richesse.

Tout ce qu’on dit, disait, dira de lui n’a pas pu empêcher qu’il est parti vers l’au-delà, si pauvre, si incompris, si exploité et si ravagé par la maladie. Jean-Marie Gabriel a vécu dans la misère et il est mort dans la misère. Celui à qui vous rendez tant d’hommages, vivait dans la saleté, dans une maison avec son fils, sa mère, sa compagne et bien d’autres proches où les conditions sanitaires laissaient à désirer. Il prêtait un costume de non-équilibré pour cacher sa misère: ses vêtements sales, ses chaussures aux couleurs de charbon, ses sous-vêtements qu’il portaient plus de trois (3) jours. Il mangeait comme Monsieur-tout-le-monde au champs-de-mars, il traînait sa veste au plus offrant pour trouver à manger à son dernier-né, Kevin. Quand par magie il se procurait d’une Honda de je ne sais combien de mains encore, et bien, c’est là un calvaire en plus à monter. Tous les jours, chaque semaine il doit connaitre une panne; fièrement et en bon artiste, il exhibe cette misère aux auditeurs de Matin Caraïbes. Pas plus longtemps que cela, l’équipe était parti pour Ennery (Artibonite), chez le Député Cholzer Chancy à l’occasion de la fête patronnale de la localité; on a passé un bon moment, on a réalisé l’émission en direct là-bas, tout le monde était ravi de le voir, de faire sa connaissance. Vous savez, au retour, il était avec Tom Malè, Balakov et moi dans la voiture et il disait, avec son style de toujours, “Mesye m pa gen yon goud nasyonal pou m fè gaz e pou m fè bwat Kevin”.; on plaisantait avec ça mais, c’est quand on est arrivé devant la radio que Tom Malè avait cru que c’était vrai et il lui a prêté cinq cents gourdes (Gdes 500), prêt qu’il a acquitté bien sûr deux (2) jours après. Enfin, plus besoin de dire plus sur sa situation de misère.

Jean-Marie Gabriel était l’homme le plus incompris du monde la radio. Pour les auditeurs, c’est un fou récupéré en chemin et qui dispose encore d’un certain équilibre ou qui par moment se recouvre son vrai sens donc, on le met en ondes juste pour divertir. Cependant, je peux vous dire sincèrement que tout ceci est un leurre, il était équilibré et conscient de toutes les aventures à elles il se livrait. C’était un franc acteur, il construit son propre scénario, il prépare la mise en scène et il joue la pièce. Il a compris mieux que nous la société où nous vivons: il servait de sa misère, de sa situation précaire pour construire une célébrité. Il a réussi et, on doit continuer l’oeuvre !!! Quant à maintes reprises, il répète:” Je suis le Célèbre Jean Marie Gabriel”; c’était pour vous dire que tout célèbre qu’il est, il croupit dans une misère atroce. Et, c’est une réalité, comment une vedette comme lui peut, faute par la DINEPA de fournir l’eau à la rue Metellus (Pétion-Ville), il a été faire sa lessive dans un-lave-auto tout près du Canado Haïtien?

Aujourd’hui, du Président de la République au simple citoyen, on pleure Jean Marie Gabriel et on lui rend hommage. Pourtant, il a participé avec tout son corps, toute son âme au progrès de votre projet de film, de série, au succès de votre entreprise.

N’-a-t-il pas pas tenté de rencontrer au Palais, le Président de la République? N’a-t-il pas été le concepteur et le réalisateur de tous les spots de motivation qu’on jouait dans les villes de province pendant la campagne présidentielle de Monsieur Martelly? N’a-t-il pas contribué au succès de la Unibank? Même pour le sida, n’a-t-il pas contribué avec un spot? Pendant que sa Honda lui donnait du fil à retorde, personne n’a organisé de vente de voiture aux enchères pour lesquelles pendant des années il faisait des spots promotionnels? N’a-t-il pas promis à un concessionnaire de véhicules deux (2) ans de spots pour un véhicule? Est-t-il moins utile à la radio que des jeunes fraîchement arrivés pour avoir une voiture descente, un salaire plus ou moins proportionnel avec son talent? N’est-il pas assez bon pour bénéficier d’une assurance-maladie, comme cela il aurait été suivi régulièrement par un médecin?

OPL, c’est écœurant de vous voir traîner derrière ce cadavre pour vous donner une bouffée politique. En fait, on parle de quel Jean Marie Gabriel? Celui que j’ai connu ou celui que vous avez humilié dans son vivant?

Société haïtienne, merci bonne note est prise!

Yvenert Foeshter JOSEPH, jyvenert@yahoo.fr

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