Pourquoi il n’y a pas de vaccin contre l’Ebola sur le marché?

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Question: pourquoi il n’y a pas de vaccin contre l’Ebola sur le marché?
Réponse: La faillite morale du capitalisme.

La terreur s’est emparée de l’aéroport Gatwick de Londres samedi, lorsqu’une femme âgée de 72 ans qui venait d’atterrir en provenance du Sierra Leone s’est évanouie à sa descente d’avion. Tout le monde a suspecté qu’elle avait pu contracter le virus Ebola. Elle est décédée plus tard dans un hôpital local. Ebola a déjà fait 256 victimes en Sierra Leone. Les tests menés par la suite à l’hôpital, pour savoir si c’était cette maladie qui était en cause, se sont avérés négatifs.

L’incident a également ouvert le débat sur l’absence de vaccin pour lutter contre le virus. «Ils trouveraient un remède, si Ebola arrivait à Londres », a déclaré John Ashton, qui préside une association de médecins. Il a estimé que l’absence d’un vaccin signait la « faillite morale du capitalisme ».

La récente réapparition du virus Ebola a tué plus de 800 personnes en Afrique de l’Ouest depuis février, et des centaines d’autres ont contracté le virus. D’après le professeur Daniel Bausch, spécialiste d’Ebola et d’autres maladies infectieuses, les scientifiques ont travaillé sur le développement de vaccins contre le virus Ebola chez les primates, mais aucun vaccin n’a encore été testé sur les humains. Dans la revue Vox, il explique que les obstacles au lancement d’un vaccin ne sont pas de nature médicale, mais économiques :

Vox: Où en est la science en ce qui concerne les vaccins contre l’Ebola? Comment peut-on prévenir la maladie?

Bausch: Il y a eu des progrès significatifs sur le développement de vaccins et de traitements pour les virus Ebola et son virus frère, le virus de Marburg. (…) Les développements les plus prometteurs portent sur les anticorps monoclonaux qui sont modifiés pour se lier au virus Ebola. Ils ont été découverts dans les années récentes, non seulement ils assurent une protection contre le virus juste après la contamination, mais ils produisent aussi des effets quelques jours après le déclenchement de la maladie.

Vox: Quels sont les obstacles qui empêchent les patients Ebola d’avoir accès à ces vaccins?

Bausch: Ils sont pour partie économiques. Ces apparitions affectent les communautés les plus pauvres de la planète. Même si elles suscitent un intérêt incroyable, elles demeurent des évènements relativement rares. Les compagnies pharmaceutiques ne sont pas vraiment intéressées pour travailler sur des vaccins contre le virus Ebola, et de mener des tests coûteux et de produire un vaccin que seuls quelques dizaines de milliers ou quelques centaines de milliers de gens vont utiliser.

Il n’y a pas une demande énorme pour cela, mais cela pourrait changer. Il y a des inquiétudes, par exemple le virus Ebola pourrait être utilisé comme une arme bioterroriste, et cela permet d’ouvrir des financements. Le ministère de la Défense des États-Unis serait probablement intéressé par un vaccin s’il pense que la maladie pourrait être utilisée comme une arme.

Vox: Vous avez mentionné qu’un développement de vaccin passe par de multiples phases de test. Où en est-on dans ce domaine pour les prototypes de vaccins à l’étude pour le virus Ebola (.pdf)?

Bausch: Il y a un vaccin qui a déjà subi une phase de test 1 [au cours de laquelle on teste la sécurité du vaccin sur un petit nombre de personnes]. Le défi est maintenant de passer à la phase 2, au cours de laquelle on teste son efficacité. Comment peut-on planifier un test sur quelque chose dont on ne sait pas où il va apparaître la prochaine fois? Quoi qu’il en soit, les vaccins sont là. Les vrais problèmes sont plus d’ordre économique et logistique.

Vox: D’où vient la plus grande partie du financement sur la recherche contre le virus Ebola ?

Bausch: La recherche est principalement menée par le National Institutes of Health des Etats-Unis. Je pense que cela a été largement motivé par la crainte du bioterrorisme des États-Unis, et l’utilisation de certains virus comme des armes. Je ne dis pas que c’est une raison légitime pour mener des recherches, seulement qu’il s’agit d’une force qui a été influente. La manière dont le développement pharmaceutique industriel fonctionne, et ce n’est pas spécifique à l’Ebola, c’est que la recherche fondamentale est réalisée avec des fonds publics, puis le secteur privé passe au premier plan. Mais dans le cas de plusieurs maladies, il peut y avoir des blocages et parfois, on ne dépasse pas le stade de la recherche fondamentale avant qu’un traitement puisse être conçu pour le monde réel.

Vox: Comment pensez-vous qu’un vaccin contre l’Ebola pourrait être administré dans la pratique?

Bausch: Je n’imagine pas qu’une vaccination généralisée permettrait de limiter les coûts, ou qu’elle serait pratique. On préfèrerait travailler comme l’on fait actuellement avec la fièvre jaune : dès qu’il y a une apparition de la maladie, on va sur place, et on vaccine rapidement quelque 100.000 personnes dans la zone à risque. Je verrai la même chose avec le virus Ebola.

Vox: Y a-t-il des personnes qui ont été vaccinées avec des vaccins non homologués et des traitements expérimentaux?

Bausch: On a seulement évoqué ce projet, mais rien de concret n’a été fait pour l’instant. Il y a une exception, mais ce n’était pas une nouvelle manifestation de la maladie. Un employé de laboratoire s’était accidentellement piqué avec une aiguille et il a reçu un vaccin post-exposition au virus Ebola. Il n’a pas développé la maladie, mais on ne sait pas s’il a été protégé par le vaccin. On ne sait même pas s’il a été inoculé à la suite de cet incident. La seule conclusion que nous pouvons faire, avec cet échantillon unique, c’est que cette personne n’a pas souffert de graves effets secondaires avec ce vaccin.

L’utilisation de traitements non homologués suscite des inquiétudes, et notamment le fait que cela donnerait l’impression que nous expérimentons sur des gens. Cela crée beaucoup de réticence, dans le cas où quelqu’un qui aurait été traité, pourrait en mourir.

Ceci étant dit, les vaccins semblent sans danger pour les primates non humains, et nous ne voyons pas d’effets négatifs sur les sujets qui ont été aussi soumis aux tests limités. Je pense que la plupart des médecins qui travaillent dans ce domaine, s’ils étaient alités souffrant de l’Ebola et qu’on leur demandait s’ils souhaitaient se faire administrer le vaccin, répondraient tous « Apportez-le, au diable les tests de sécurité. Je veux l’essayer ». [Express.be]

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