Dossier spécial: Saurez-vous reconstruire Haïti ?

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Quatre ans après le séisme en Haïti, embarquez avec nous dans ce reportage-fiction : pour reconstruire ce pays, vous aurez des dilemmes à trancher, et des conséquences à assumer.

(De Port-au-Prince) Plus de quatre ans après le tremblement de terre, les cicatrices sont de moins en moins visibles à Port-au-Prince. Les réfugiés ont quitté leurs tentes, ou en ont été chassés. Les gravats n’encombrent plus les rues. Beaucoup d’ONG sont reparties. Mais les problèmes qui préexistaient – pauvreté, santé, emploi – demeurent. Et les chantiers tournent au ralenti.

Le rêve d’une « nouvelle Haïti »

Pourtant, le séisme du 12 janvier 2010 avait fait naître un grand espoir, celui de « reconstruire Haïti, en mieux », pour reprendre les mots de Bill Clinton. Avec les milliards de dollars de l’aide internationale, les autorités allaient enfin pouvoir lancer de grands chantiers urbains, enclencher des réformes agricoles, éducatives et sanitaires, ouvrir le pays aux investisseurs, créer de l’emploi et endiguer la pauvreté. C’était, en tout cas, le credo du nouveau Président, Michel Martelly, élu début 2011 : une « nouvelle Haïti ».

C’est le visage de cette « Nouvelle Haïti » que nous vous proposons d’explorer au travers de ce reportage multimédia long format. Au fil des six chapitres, nous vous emmènerons dans les usines textiles et électroniques, à la rencontre des pompiers de Port-au-Prince et des agro-écologistes des campagnes haïtiennes.

Vous ferez même connaissance avec le Mark Zuckenberg haïtien. On vous parlera aussi de zones franches, d’importations de riz américain, d’accords textiles, de fuite de cerveaux…

Vous allez y faire des choix

Mais ce long format multimédia est aussi une fiction interactive : vous allez devoir y faire des choix. Si vous étiez une ONG ou le ministre de l’Economie, que feriez-vous pour reconstruire Haïti ? Comment empêcheriez-vous la « bidonvillisation » de Port-au-Prince ? Comment amélioreriez-vous l’accès à la santé ? Comment lutteriez-vous contre la famine ? Et comment allez-vous développer l’économie haïtienne ?

Attention : vos choix auront tous des conséquences. Elles seront parfois brutales, souvent inattendues, avec des impacts à court et à long termes. Et elles vous aideront, nous l’espérons, à mieux comprendre les défis qui attendent encore Haiti aujourd’hui.

ReConstruire Haïti

Pour reconstruire Haïti, saurez-vous faire les bons choix ?
Quatre ans après le séisme, embarquez avec nous dans ce reportage-fiction multimédia.

Prologue

C’est une ville étrange, que l’on croirait tout droit sortie d’un western italien ou d’un film de Jacques Tati. Planté dans une zone déserte, à 20 kilomètres de Port-au-Prince, Morne-à-Cabris est un immense lotissement flambant neuf parfaitement quadrillé de centaines de petites maisons colorées… et inhabitées. En déambulant dans ses rues goudronnées, le visiteur, habitué à l’anarchie urbaine de Port-au-Prince, est pris d’un surprenant vertige géométrique. Ici, tout est ordonné, tout est rectiligne, tout est vide.

Les habitants de cette ville nouvelle bâtie au milieu du désert vivent écrasés de soleil, mais à l’ombre de Port-au-Prince. De très rares tap-tap, des camionnettes collectives cabossées et colorées, permettent de rejoindre la capitale d’Haïti.
Les habitants de cette ville nouvelle bâtie au milieu du désert vivent écrasés de soleil, mais à l’ombre de Port-au-Prince. De très rares tap-tap, des camionnettes collectives cabossées et colorées, permettent de rejoindre la capitale d’Haïti.

Morne-à-Cabris – la montagne aux chèvres en créole – est l’un des projets de relogement pour les victimes du séisme les plus emblématiques. Aujourd’hui, seule une centaine d’habitants vivent ici, dont une majorité sont des policiers qui patrouillent toute la journée dans des voitures climatisées. Les maisons sont neuves mais mal conçues, l’eau du robinet est salée, l’ennui quotidien. Mais bientôt, promet le gouvernement haïtien, on va construire des usines, un commissariat. Une école devrait ouvrir à la rentrée prochaine…

Après la catastrophe, l’élan de solidarité avait fait naître un immense espoir

Pour le journaliste en mal d’inspiration, Morne-à-Cabris est une métaphore idéale pour évoquer la situation de l’Haïti d’après 2010. Quatre ans après le tremblement de terre, les cicatrices du 12 janvier sont désormais de moins en moins visibles à Port-au-Prince. Les réfugiés ont quitté leurs tentes, ou en ont été chassés. Les gravats n’encombrent plus les rues. Beaucoup d’ONG sont reparties. Mais les problèmes qui préexistaient – pauvreté, santé, emploi – demeurent.

Imaginé avant le séisme, le projet immobilier de Morne-à-Cabris, près de 48 millions de dollars, devrait accueillir au final près de 3 000 maisons. Seule une centaine de familles se sont installées pour l’instant.
Imaginé avant le séisme, le projet immobilier de Morne-à-Cabris, près de 48 millions de dollars, devrait accueillir au final près de 3 000 maisons. Seule une centaine de familles se sont installées pour l’instant.

La nouvelle Haïti

Pourtant, juste après la catastrophe, l’élan de solidarité avait fait naître un immense espoir. Pourquoi ne pas faire de ce drame une chance, pour faire table rase du passé et « reconstruire Haïti, en mieux » ? Avec les milliards de dollars de l’aide internationale, les autorités allaient pouvoir lancer des grands chantiers urbains, enclencher des réformes agricoles, éducatives et sanitaires, ouvrir le pays aux investisseurs, créer de l’emploi et endiguer la pauvreté. C’était, en tout cas, le credo du nouveau président Michel Martelly, élu début 2011 : le rêve d’une « nouvelle Haïti ».

Reconstruire Haïti est une question de choix. Ces choix, souvent difficiles, nous vous proposons de les faire vous-même, en vous mettant à la place de différents acteurs. À la fin de chaque chapitre, vous aurez un dilemme à trancher, et toutes vos décisions auront des conséquences ! Dans l’ultime partie de ce reportage, qui vous emmènera en 2020, nous vous présenterons le futur que vous avez construit pour Haïti.

INTRODUCTION : COMMENT FINANCER LA RECONSTRUCTION ?

Après le séisme, un immense élan de solidarité a permis de récolter près de 10 milliards de dollars de promesses de dons. Les chantiers qui attendent Haïti – logement, éducation, santé, économie, agriculture – sont conséquents.

Quelles seraient vos priorités ?

  • Lançons un grand chantier pour reloger les sans-abri
  • L’accès à la santé pour tous doit être une priorité
  • Il faut de meilleures écoles publiques

Il va falloir réviser vos ambitions à la baisse. En Haïti, l’aide a beaucoup profité… aux pays donateurs. Ainsi, par exemple, sur les 1,6 milliard de dollars alloués par les USA, la moitié a servi à rembourser le Pentagone pour l’intervention militaire des 20 000 Marines dans les semaines qui ont suivi le séisme ! Au final, l’État Haïtien n’a touché 9 % de l’aide.

Quel est votre plan B ?

  • Reconstruisons au moins les bâtiments publics détruits
  • Améliorons l’accès à l’eau potable pour les habitants de Port-au-Prince

Pas si simple… vous n’avez pas la main ! La reconstruction a généré une véritable « ruée vers l’or » pour le secteur privé étranger. Sur 1490 contrats attribués par les États-Unis, 23 seulement concernaient des entreprises locales. Sans parler de la corruption dans l’attribution des marchés… Et de toute façon, le long terme n’a pas été la priorité : 1,2 milliard de dollars a été dépensé en solutions d’urgence (tentes, abris provisoires…), contre seulement 215 millions pour du relogement durable.

Alors, que voulez-vous faire ?

Bon… Peut-être vaudrait-il mieux aider nos ONG, alors ?

Quel grand coeur ! Mais ce sont avant tout les principales ONG étrangères qui ont profité de « l’argent du séisme », parce qu’elles avaient accès à la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH), présidée par Bill Clinton. Et ces ONG, parfois peu transparentes, ont beaucoup dépensé en frais de fonctionnement, frais de mission, nuits d’hôtel… Les ONG Haïtiennes n’ont touché que 0.1 % de l’aide d’urgence.

Vous l’avez compris, en Haïti, les choses sont souvent bien plus compliquées qu’il n’y paraît. La reconstruction du pays est un processus long, compliqué et très souvent cahotique. Laissez-nous vous le raconter…

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