Coupé du monde ? Pas du tout

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C’est la semaine du livre. Livres en folie nous le rappelle chaque année à l’approche de la Fête-Dieu. Il faut fêter l’objet-livre et les auteurs. Ne nous en privons pas.

Ceux qui ont inventé la manifestation il y a dix-neuf ans étaient bien inspirés de lier les livres, la création littéraire et la recherche avec cette date du calendrier catholique. La Fête-Dieu porte chance aux livres en Haïti. La moisson est plus abondante chaque année.

La petite manifestation est devenue grande et, d’année en année, tout ce que Haïti compte de gloire littéraire s’y est pressé un jour, y a vendu un livre ou s’y est fait acheter un titre.

Devenu aujourd’hui immortel, guidé par Rodney St-Eloi, inspiré éditeur, Dany Laferrière y a connu de bons moments. Georges Anglade fut le premier à faire sortir Livres en folie de son petit cercle d’initiés pour en faire un événement. Le premier, il a été voir les médias pour vendre un titre et le rendez-vous de la Fête-Dieu. Margareth Papillon, Gary Victor puis Alain Possible (Teddy Kesser Mombrun de son vrai nom) ont permis un rajeunissement des rangs des lecteurs, pendant que Communication Plus a permis à de plus en plus d’auteurs et de livres de se faire connaître.

Depuis, les maisons d’édition ont prospéré et tout écrivain sait qu’il doit faire campagne pour ne pas être perdu dans la foule des livres et des acheteurs. Car il y foule, la grande foule, pour le livre, à Livres en folie.

Haïti ne faisant jamais rien de pareil qu’ailleurs, ici, en un jour, il se vend plus de livres que tout le reste de l’année, hors ouvrages scolaires. Et ce n’est pas sans malice que les organisateurs et tous les acteurs de la chaîne du livre font tout pour étirer l’événement. Semaine du livre, quinzaine du livre, vingtaine du livre, un jour de foire, deux jours de foire et qui sait où cela nous entraînera ? « Le public a besoin d’être stimulé, stimulons-le », semble être le mot que tout le monde se donne.

Livres en folie écoule plus de titres que toute autre foire de l’hémisphère en un jour parce qu’ici les librairies font messe basse toute l’année pour les livres haïtiens, pour les livres tout court. Hors Livres en folie, il n’y a pas d’incitation à faire acheter, à faire lire, aucun effort pour faire de nos auteurs, de leurs idées, la vedette.

S’il a fallu attendre le gouvernement de Laurent Lamothe pour que les pouvoirs publics se mettent à appuyer la manifestation après le grand saut solitaire de Marie Laurence Jocelyn Lassègue, des ministres et Premiers ministres comme Jacques Edouard Alexis ou Gérard Latortue, des anciens présidents Leslie Manigat, Prosper Avril ou Boniface Alexandre font le tour des stands ou signent leurs ouvrages à Livres en folie depuis des années.

Et c’est le président Michel Martelly qui est le premier président en exercice à venir visiter la foire. Le premier aussi à recevoir des écrivains au Palais national et à en décorer certains des plus émérites.

Il y a un roman de Livres en folie à écrire. Des enseignements aussi à en tirer. En ces temps de Coupe du monde, chaque fois que vous ouvrez un livre, souvenez-vous qu’il n’y a pas de meilleur moyen de ne pas être coupé du monde que plongé dans un livre.

Chaque livre est une aventure. Un grand voyage. A peu de frais. Un peu de votre temps et de votre curiosité suffit à vous offrir le monde et des mondes.

Bonne fête du livre à tous !

Frantz Duval

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