Tout pour le foot, rien pour les élections

0
179

Haïti est un pays bipolaire, capable du meilleure comme du pire, capable de basculer d’une extrême à l’autre du jour au lendemain. Deux jours avant le coup d’envoi de la coupe du monde au Brésil, des milliers d’Haïtiens étaient dans les rues à manifester leur désaveu du gouvernement et à réclamer la démission du président Martelly.

Les dernières semaines avant le mondial, a vu défiler des manifestants par milliers forçant la police à tirer par dizaines des grenades lacrymogènes à chaque fois que les protestataires s’approchaient trop près du palais présidentiel.

Au lendemain de la dernière manifestation, les mêmes, jeunes, chômeurs, laissés pour compte étaient dans les rues pour fêter la victoire du Brésil sur la Croatie.

Le politique le sait. La fièvre du foot est plus forte que le chykungunya. Elle est capable de neutraliser les forces politiques, de les paralyser.

Les deux camps le savent. La trêve du football pourrait changer beaucoup de chose sur l’échiquier politique. Sans compter une victoire finale le 13 juillet du Brésil ou de l’Argentine, les deux équipes favorites des masses haïtiennes.

Alors, d’un côté on range dans un coin les revendications et récriminations antigouvernementales. Aucune force politique ne peut dé-scotcher le petit peuple des bidonvilles devant les écrans de matches. Personne. Aucun leader. Aucun appel à manifester ne sera entendu.

Oubliée donc la bataille autour de la composition du Conseil électoral provisoire. Oublié l’arrêté de convocation aux élections. oubliée, même pour un mois, la cherté de la vie. Le foot a remplacé la politique.

Voulant surfer sur cette période, le gouvernement n’a pas lésiné sur les maigres moyens du budget pour investir gros dans la coupe du monde.

Des téléviseurs ont été achetés par centaines pour des parlementaires proches du pouvoir.

Des t-shirts des sélections brésiliennes et argentines ont été distribuées par le président lui-même.

Et, il n’était pas étonnant d’entendre un grand conseiller du chef de l’état annoncé que des appareils seront placés dans 50 sections communales de son département pour la coupe du monde.

S’il faut équiper les 570 sections communales… Cela ferait un beau paquet de dollars. Une belle affaire pour le commerce.

Mais, un tel investissement n’a pourtant jamais été fait pour l’éducation ou pour la campagne d’alphabétisation encore moins pour le championnat national qui du reste n’attire plus personne. Il faut le reconnaitre. Hélas!

Haïti : C’est tout ou rien. Notre amour est total et notre haine radicale.

Pendant un mois, le peuple va se gaver de foot pour oublier ses déboires et ses calamités.

Pendant un mois, les quartiers chauds et les organisations populaires vont se saouler de ballon rond et de discussions “footeuses” sur un penalty accordé ou pas, sur tel ou tel geste, sur les dribles de Neymar ou les acrobaties de Messi.

Et après ? Après le 13 juillet, le foot fera place au carnaval des fleurs décrété pour les 27, 28 et 29 juillet.

Encore une occasion pour prolonger la trêve politique.

On connait la passion sans limite du peuple haïtien pour le foot et la musique. Un peu comme le peuple brésilien…

Sauf qu’au Brésil les gens savent aussi se mettent en colère pour réclamer leur droit. [Via HPN]

LAISSER UN COMMENTAIRE