J-2 | Mondial 2014: au pays du foot, le cœur n’y est pas

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Le Brésil est confronté à une fronde sociale contre la qualité des services publics, la corruption et les milliards dépensés pour l’organisation du Mondial.

Depuis un an, le Brésil vit au rythme des manifestations contre le coût faramineux du Mondial.
Depuis un an, le Brésil vit au rythme des manifestations contre le coût faramineux du Mondial.

«Une Coupe pour qui? Elle n’est pas pour nous! » La mauvaise humeur générale s’étale sur les murs de Rio, São Paulo ou Brasilia, se hurle dans les manifestations. La magie n’opère plus au pays du foot. 66% des Brésiliens estiment que le Mondial apporte plus d’inconvénients que de bénéfices. Ils sont seulement 48% à appuyer l’événement et 41% y sont carrément opposés, selon un sondage paru en avril. Ce qui dérange, c’est moins la compétition en elle-même que les dépenses somptuaires consacrées à son organisation et la corruption qui l’accompagne.

Il y a un an, lors de la Coupe des Confédérations, São Paulo avait donné le coup d’envoi d’une fronde sociale historique qui continue d’ébranler ce gigantesque pays émergent de 200 millions d’habitants. Des millions de manifestants étaient alors descendus dans la rue pour réclamer la gratuité des transports publics. Le mouvement, durement réprimé par la police militaire, a rapidement fait tache d’huile. Un an plus tard, les manifestations ont perdu en intensité, mais ils sont toujours des centaines de milliers à dénoncer les 11 milliards de dollars d’argent public dépensé pour Mondial (pour un budget initial de 6 milliards) et à réclamer des investissements massifs dans les transports publics, la santé, l’éducation, le logement et des hausses de salaire. Policiers, conducteurs de bus et de métro, médecins, enseignants, militants des Sans-Toit ou salariés des compagnies aériennes sont partis en grève à tour de rôle et menacent de perturber la grande fête du foot-business. Même des communautés d’Indiens ont protesté à Brasilia, armés d’arcs et de flèches, exigeant une délimitation de leurs terres ancestrales.

200 000 habitants des favelas chassés

«Rien n’a changé», affirme Antonio Carlos Costa, fondateur de l’ONG Rio da Paz, interrogé par l’AFP. «Le Brésil est la septième économie mondiale, mais il n’est qu’au 85e rang de l’Indice de développement humain. On y commet 50 000 assassinats par an. C’est normal que la population se fâche si on engloutit beaucoup d’argent dans la construction de stades. »

La conférence des évêques du Brésil, le plus grand pays catholique au monde, souffle aussi sur les braises. Dans une brochure distribuée aux paroisses, l’Église dénonce «l’inversion des priorités dans l’utilisation des fonds publics, qui devraient aller à la santé, à l’éducation, à la voirie, aux transports et à la sécurité ». Les évêques reprochent aux organisateurs d’avoir chassé 200 000 déshérités qui vivaient dans des favelas à proximité des stades, d’avoir ignoré les contraintes environnementales et d’avoir livré le sport aux «grandes sociétés ».

L’économie stagne

En 2007, l’attribution de la compétition au Brésil couronnait l’état de grâce du géant émergent d’Amérique latine. Le pays était cité en exemple pour sa croissance économique fulgurante et ses programmes sociaux qui ont permis de sortir de la misère 30 millions de Brésiliens en une décennie. Mais la répartition des richesses dans ce pays-continent reste toujours très inégale. Les 10% les plus riches s’attribuent 40% des revenus, alors que les 10% les plus pauvres doivent se contenter de moins de 1%.

Aujourd’hui, l’économie stagne. La croissance est désormais presque à l’arrêt et l’inflation flirte avec les 6,5%. Le Brésil conquérant de 2007 s’essouffle et le ressentiment des Brésiliens grandit envers un Mondial perçu comme une gabegie. [Via l’avenir.net]

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