Du renouveau dans la pensée économique capitaliste avec « Le Capital au XXIe siècle » du Professeur Thomas Piketty

0
240

Le best-seller « Capital in the Twenty-First » (Le Capital au XXIe siècle) du Professeur Thomas Piketty publié aux Etats-Unis par Harvard University Press propose un regard nouveau sur le capitalisme et les inégalités dans le monde. Contrairement à ce qu’on peut se poser comme question très vite, est-ce que c’est un livre de plus d’un néo-marxiste ? La réponse est sans équivoque, non ! La première moitié du livre est consacrée à un énorme travail historique sur les données, ce qui explique d’ailleurs le succès du livre dans la sphère académique: même ceux qui ne sont pas d’accord avec la thèse du livre sont obligés de se positionner par rapport aux données qui sont produites, et que personne, jusqu’ici, ne réfute. En cela, c’est probablement le livre d’économie le plus important depuis le début du XXIème siècle.

le capital au 21eme siecleLa thèse de Thomas Piketty est la suivante: en ce qui concerne le poids et la concentration du patrimoine, le capitalisme ne se régule pas tout seul. Il existe des forces de divergences puissantes qui poussent le patrimoine à se concentrer. La principale force de divergence est liée au fait que le taux de rendement que se procure les propriétaires du capital (actionnaires…) peut être durablement plus élevé que le taux de croissance de l’économie. Les revenus du capital augmentent alors plus vite que les revenus du travail et la richesse se concentre entre les mains des détenteurs du capital. Dans ce cas, les travailleurs ne peuvent jamais accumuler de richesse significative. A terme réapparait alors des rentiers qui ne vivent que du revenu de leur capital sans jamais avoir travaillé. Thomas Piketty critique ainsi le capitalisme avec les outils de l’économie classique.

Le prix Nobel d’économie 2008 Paul Krugman n’hésite pas à parler de «révolution Piketty». Pour Krugman, «Il s’agit là d’un livre qui va changer à la fois la manière dont nous pensons la société et la manière dont nous faisons de l’économie», estime-t-il dans sa critique du Capital au XXIe siècle. En effet, selon Krugman le Docteur Piketty «fait plus qu’apporter des éléments sur l’augmentation des revenus et leur appropriation par une petite élite. Il fournit aussi un argument de poids à ceux qui disent que nous sommes en train de revenir à un ‘‘capitalisme patrimonial’’. Ce capitalisme pour lequel ce n’est pas seulement la richesse qui domine mais la richesse liée à l’héritage, celle où la naissance compte plus que l’effort et le talent», ajoute l’économiste. Piketty a transformé notre discours économique. Nous ne parlerons plus jamais de richesse et d’inégalité de la même manière tient à préciser Krugman.

The New Yorker (Magazine) n’est pas en reste dans la louange. Il publie ainsi un (très) long et flatteur portrait de l’économiste français. «Dans un pays comme les Etats-Unis, l’idée même d’une nouvelle taxe sur la richesse semble politiquement vouée à l’échec (…). Dire cela n’est pas une manière de critiquer Piketty. Car le vrai rôle des intellectuels est de mettre en doute les dogmes établis, de concevoir de nouvelles méthodes d’analyse et d’élargir les termes du débat public», écrit-il.

Pour le Journal français de référence sur les dossiers économiques, Les Echos, Thomas Piketty est précis et méticuleux, car ne se laissant pas enfermer dans les chiffres et les équations ni même dans l’économie. Contrairement à ce que font tant d’économistes aujourd’hui, aux Etats-Unis en particulier, Piketty, précise le journal, ouvre le jeu en se référant beaucoup à l’histoire, un peu à la sociologie et à la science politique. Ses références à Honoré de Balzac et à Jane Austen ont beaucoup impressionné.

Enfin dans son livre, Piketty lâche une petite bombe et propose de taxer le capital pour réduire les inégalités, de créer un impôt mondial sur le capital qui taxerait les 10 % les plus riches pour aider les 50 % à les rattraper.

Du Prix Nobel d’Economie Joseph Stiglitz au Milliardaire Warren Buffet, du Wall Street Journal au très libéral journal The Economist, le livre du Professeur Thomas Piketty fait mouche et le Docteur en Economie a même été reçu au FMI et à la Maison Blanche. La lecture de ces quelques 900 pages de Piketty est un travail assidu mais doux. Je terminerai avec ces mots du même Paul Krugman pour qui : «Il semble raisonnable de dire que (cet ouvrage) sera le plus important livre d’économie de l’année, et peut-être de la décennie».

Fernando Estimé,
Spécialiste en Diplomatie Economique et Commerciale,
Directeur de Recherche à la Louverture Institute for Diplomacy and Global Affairs
Email : festime@lidga.com / fernandy19@hotmail.com
www.facebook.com/estimefernando
www.twiter.com/fernandoestime

LAISSER UN COMMENTAIRE