Entre l’enclume et le marteau

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Il était dix heures du matin. Dans une salle de classe quasi vide du lycée Daniel Fignolé, six élèves en appellent au secours du Très-Haut. La grève lancée par les professeurs s’étire. Eux, contrairement à d’autres camarades, ont refusé de se tenir sur des barricades. L’image de ces adolescents en prière n’émouvra pas grand monde.

Le pays s’en balance de ceux qui ne gueulent pas, qui ne cassent pas. Dommage pour les pacifiques. Vraiment dommage. La boule au ventre, ces lycéens et quelque 240 000 autres, répartis dans environ 206 lycées à travers le pays, angoissent à l’approche des examens. Ils sont pris entre l’enclume de l’irresponsabilité du ministère, qui a trop traîné les pieds en vue de corriger les injustices faites aux enseignants du secteur public depuis trop longtemps, et le marteau de l’extrémisme de ces enseignants.

Sans sourciller et sans tenir compte des efforts, des sacrifices consentis par les élèves et les parents depuis le début de l’année scolaire, ces passeurs de savoir, de connaissance ont fait ce débrayage. Ils se plombent les oreilles, tirent sur la corde. Ils ne font aucun cas des acquis obtenus après de longues discussions avec le ministère de l’Education nationale.

Dans le « budget modifié », le Trésor n’a-t-il pas alloué 688 millions de gourdes pour procéder à un relèvement salarial ?

Est-ce qu’une enveloppe de 200 millions de gourdes n’est pas prévue pour régulariser les nouvelles nominations ?

Qu’est-ce qui est vrai ou faux dans l’annonce du ministère d’avoir régularisé plus de 6 000 nominations d’enseignants dans le système ?

N’est-t-il pas connu du public que la Chambre des députés a voté le budget avec ces allocations en attendant l’examen du texte au Sénat de la République ?

Les réponses à ces questions sont affirmatives. Dans ce cas de figure, les cartésiens, ceux qui prônent le consensus pour résoudre les conflits sociaux, sont largués. Au point de se demander si ce mouvement a d’autres finalités que de porter l’Etat à faire les correctifs pour que ceux qui forgent les cerveaux du futur ne vivent plus comme des parias.

Elle taraude cette question à un moment où le débat sur la qualité de l’enseignement refait surface. Comment, en attendant de corriger les faiblesses structurelles du système, améliorer la qualité quand des enseignants, qui comptent beaucoup d’absentéistes dans leurs rangs, sacrifient presque 21 jours sur les 180 prévus dans le calendrier scolaire ?

Ici, ceux qui aiment dire « sa pa fè anyen » inventeront de fausses solutions. Il ne suffit parfois que de faire semblant. N’est-ce pas ?

Par rapport à tout cela, qui est habilité à arbitrer la partie quand le sentiment d’antijeu de la part des enseignants vis-à-vis des écoliers, des parents, des payeurs de taxes est aussi fort ?

Entre-temps, à cause de problèmes de gouvernance du système, aux Gonaïves, à Jérémie et ailleurs, des lycéens foulent le macadam Quand ça chauffe, il y a des casses. Des scènes qui accusent l’exécutif, le législatif, cet Etat qui déteste anticiper, planifier, gouverner. C’est dommage !

Dans cet épisode, il serait bon que les syndicats effacent le tableau. Pour que la certitude remplace l’incertitude dans les cœurs de ces lycéens qui demandent à Dieu de toucher les cœurs de leurs professeurs.

Roberson Alphonse

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