Le signal de Lamothe

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Après une  visite de courtoisie dans l’une des plus anciennes entreprises de production dans le pays, la société Rhum Barbancourt, le lundi 14 avril, Laurent Lamothe va-t-il enfin assurer la protection de la production nationale ? Traditionnellement, les Premiers ministres haïtiens n’ont pas l’habitude de se pencher sur le sort des entreprises  du pays, notamment celles de production. Cette initiative du chef du gouvernement est-elle le signal d’une nouvelle vision des autorités haïtiennes sur les entreprises de production ? Après Rhum Barbancourt, Laurent Lamothe s’est transporté le même jour sur la propriété de l’entreprise de production Tropic S.A.

Après vingt et un mois de gestion à la Primature, Laurent Lamothe n’a jusqu’à présent initié aucune démarche ni un plan de redressement agricole. Pas de politique en matière d’agro-industrie et encore moins de politique industrielle. Les deux ministres de l’Economie et des Finances qui se sont succédé sous son gouvernement n’avaient pas pu mettre en application aucune politique économique puisque le gouvernement n’avait rien défini à ce sujet. Comme leurs prédécesseurs, ils ne sont que des ministres des Finances. Le discours de Marie-Carmelle Jean-Marie, lors de la cérémonie de prise de fonction, prouve que sa mission reste la taxation et non l’économie. Comment  Lamothe va-t-il s’y prendre pour protéger  la production locale et créer  les conditions nécessaires en vue d’encourager l’investissement dans le pays ?

L’inventaire des entreprises haïtiennes réalisé par le ministre du Commerce Wilson Laleau l’année dernière peut être utile si le gouvernement veut se lancer dans un processus de protection des entreprises haïtiennes.  Nombre d’entreprises  se voient contraintes de plier bagage en raison de la nonchalance de l’Etat haïtien face à la concurrence déloyale de produits similaires provenant d’autres pays.  Pendant les six derniers mois, deux entreprises haïtiennes qui se lançaient dans la production de spaghettis et autres variétés ne peuvent résister face à une douzaine de variétés de ce produit provenant de la République dominicaine, de l’Europe et de l’Amérique du Nord.  Aucun commerçant dominicain n’acceptera  d’importer les pâtes alimentaires Itala, par exemple, en provenance d’Haïti. Le commerçant haïtien  et le gouvernement de notre pays n’ont aucun problème pour enrichir les producteurs dominicains.

Le rhum Bakara est commercialisé dans les villes aussi bien que dans les sections communales d’Haïti. Mais en République dominicaine, il n’y a pas de rhum Barbancourt.  L’entrepreneur dominicain le plus audacieux ne prendrait  pas le risque de faire entrer sur le territoire de la république voisine le rhum Barbancourt. Sans passion aucune, le rhum Barbancourt  est de meilleure qualité que  le rhum Bakara. Pourquoi sommes-nous dans cet état ?

Quiconque  a pris l’initiative d’ouvrir une entreprise en République dominicaine reçoit sans tarder la visite d’un cadre du ministère du Commerce dominicain et recevra, huit jours après, une lettre de félicitations du gouvernement dominicain.  Des offres de prêts bancaires et autres avantages sont acheminés auprès de cet entrepreneur.  Son investissement est garanti par l’Etat dominicain. Aucune entreprise étrangère ne viendra concurrencer cet homme d’affaires.  Pourquoi le gouvernement haïtien, sous le leadership de Laurent Lamothe, ne peut-il pas appliquer une telle politique économique ?

Pourquoi les différents gouvernements haïtiens qui se sont succédé préfèrent travailler au bonheur du gouvernement et du peuple dominicains plutôt que de travailler au bonheur du peuple haïtien ? Les exportations de la République dominicaine vers Haïti ont atteint officiellement  plus d’un milliard de dollars américains durant l’année 2013. Tandis que notre pays  a exporté vers la République dominicaine pour moins de 50 millions de dollars. Selon toute vraisemblance, le succès de la république voisine a été construit pendant plus d’une quarantaine d’années, au moyen d’une réforme éducative, d’une nouvelle vision de la gestion des affaires étatiques, d’une redéfinition de la citoyenneté dominicaine et surtout de l’amour du pays.

Comment le gouvernement Lamothe et les associations patronales ont-ils pris connaissance de ces chiffres ?  Quand et comment pouvons-nous redéfinir les rapports commerciaux avec le gouvernement dominicain, redéfinir l’homme haïtien et surtout après l’arrêt scélérat du tribunal constitutionnel  dominicain ?

Lemoine Bonneau

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