«Vote de la honte» ou de la peur ?

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Pourquoi la Chambre des députés a-t-elle supprimé les articles 58 et 62 de la loi électorale qui faisaient obligation aux partis et aux regroupements politiques d’avoir au moins une femme dans les cartels des collectivités territoriales (CASEC et Mairies)? Ont-ils tort? Pourquoi une telle peur des femmes ? Ou un recul si criant ? C’est blessant, énorme comme dérapage, pour certains.

Condamner ouvertement l’hostilité de fond envers les femmes, a fortiori chez ces élus pourtant bien placés pour accompagner l’évolution de notre société, c’est prendre en compte les besoins et intérêts primordiaux de toutes ces citoyennes qui représentent aujourd’hui 52% de la population haïtienne. Il y a beaucoup de discussions là-dessus! A l’heure de l’homoparentalité et de l’égalité des sexes, des familles monoparentales et des madan sara, autant d’évolutions que cette Assemblée constituée d’une soixantaine de députés présents aurait sans doute accueillies avec perplexité, le statut des femmes haïtiennes n’a pas changé radicalement depuis 1934, début des luttes du mouvement féministe avec la Ligue féminine d’action sociale. Reflet d’une société bourrée d’archaïsmes et de préjugés, le discours des Haïtiens – l’écrasante majorité en tous – sur les femmes frappe par sa misogynie, son sexisme primaire, son bêtisier d’anecdotes assassines et de jugements insensés.

Certes, la question du quota pose autant de problèmes opérationnels que la question du vote de la diaspora ou celle du vote électronique. Ce sont des «nouveautés», des irritants, comme on dit dans un certain jargon. Mais ses aspects incitatif et dissuasif sont clairs. Cette forme de «discrimination positive» est perçue, par les secteurs progressistes, comme un instrument d’inclusion et de justice. Les Partis politiques et les organisations de défense des Droits de l’homme ainsi que les segments les plus éclairés de la société ont pour devoir de s’impliquer dans la lutte pour la parité dont les objectifs fondamentaux visent à trasformer nos mentalités et nos institutions.

L’un des plus spectaculaires effets des sociétés démocratiques libérales, c’est l’égalité des sexes qui s’oppose forcément à l’exclusion et aux discriminations institutionnalisées de toutes sortes. Inscrit dans la Constitution amendée (art. 71.1), quoique trop bas, le quota d’au moins 30% de femmes au Parlement – et au sein des autres services publics – doit être perçu comme un facteur d’égalité et de justice. Pas de quoi, en effet, déclencher la guerre des sexes ou des candidats. Les députés (mâles) ont-ils peur de leurs éventuelles compétitrices ? Et comme d’habitude en politique, plus encore sans doute, ce sont les figures nouvelles qui comptent, ces êtres sensibles et combatifs par qui le changement est possible.

Il revient donc au Sénat de rectifier le tir ! La Présidence, si sensible à cette question, n’hésitera pas à y remédier! Ah, oui ! La politique ne peut pas continuer à fabriquer que de la bêtise et la déception est trop lourde à porter.

Pierre-Raymond Dumas

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