Polémique autour de la situation réelle des finances publiques suite à une déclaration de Martelly

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Une polémique est enclenchée dans l’opinion sur la situation réelle des finances publiques haïtiennes à la suite d’une déclaration du chef de l’Etat Michel Martelly affirmant que « L’Etat n’a plus un rond ».

Michel MartellyS’adressant à la population lors d’une visite aux Cayes (sud) le 9 avril 2014 en compagnie du commandant général du Commandement Sud des forces armées des Etats-Unis, John Kelly, le président Martelly a déclaré : « vous devez être au courant des mauvaises nouvelles : nous travaillons tellement à travers le pays que l’Etat n’a plus un sou ».

Depuis 3 ans des critiques persistent au niveau de l’opinion publique sur des dépenses jugées inutiles de l’actuelle administration, notamment pour des voyages, carnavals et autres fêtes.

Contacté par AlterPresse, le ministre du commerce Wilson Laleau, qui avait le portefeuille des finances jusqu’au récent remaniement, tente de rassurer, alors que la tendance chez les économistes est de pointer du doigt une situation de déficit budgétaire chronique.

La situation des finances publiques, version Laleau

Laleau estime que les finances publiques se portent mieux qu’il y a un an, lorsqu’il avait pris les rennes du ministère de l’économie. Il y aurait, selon lui, manipulation de la déclaration du chef de l’Etat.

« Le principal problème d’Haïti est celui du budget (non voté par le parlement). Les requêtes des organismes publiques ne peuvent pas être satisfaites. (…) On ne peut pas dépasser les montants des crédits autorisés par le budget de l’exercice précédent », soutient-il.

Toutefois le ministre reconnaît que dans la logique de « cash management », que les caisses de l’Etat sont toujours sous tension.

En « cash management » les recettes de l’Etat doivent être utilisées pour payer les dépenses de l’Etat et on ne doit pas faire appel à la banque centrale pour financer des déséquilibres du budget. On décaisse à mesure qu’on dispose de ressources pour financer des projets.

Laleau sort des chiffres pour démontrer qu’il n’a pas laissé les finances publiques en « situation catastrophique » et que des affirmations concernant les « caisses vides » seraient « une vilaine plaisanterie, du n’importe quoi ».

« A mon arrivée au Mef, il y avait un déséquilibre budgétaire sur la base d’engagements de 2,4 milliards de gourdes. A mon départ, il y a un solde positif de 49 millions de gourdes », se vante l’ancien titulaire du Mef.

Sur « base caisse » Laleau rappelle qu’à cette époque, le déficit a été de 5,03 milliards de gourdes alors qu’à son départ, ce déficit est passé à 3,3 milliards de gourdes.

« Le taux d’inflation a été à mon arrivée de 6,5%. A ma sortie, le taux passe à 3% », se félicite encore Laleau.

Lors du remaniement du début avril dernier, Marie Carmelle Jean-Marie est revenue au ministère de l’économie et des finances qu’elle avait laissé à la même période en 2013. Motif : gaspillage des biens de l’État et multiplication de dépenses extrabudgétaires.

Le contribuable haïtien doit-il s’alarmer ?

L’économiste Eddy Labossiere, président de l’Association haïtienne des économistes (Ahe) veut éviter la polémique, mais rappelle que le pays végète depuis trois ans dans un déficit budgétaire et que les recettes de l’Etat n’ont pas augmenté puisque gangréné par fraude et évasion fiscales et non-production nationale.

Pour Labossiere, rien n’est nouveau pour le contribuable haïtien qui « a toujours été en situation alarmante ».

Très pessimiste, vu la politique de l’actuel pouvoir, Labossière estime que « la fin de la crise n’est pas pour demain ».

Labossière souligne que « si les caisses de l’Etat sont vides » avec la composition pléthorique du gouvernement (43 ministres et secrétaires d’État), l’actuelle équipe au pouvoir n’est pas innocente.

L’économiste propose que le pays change de modèle économique, applique une véritable politique de création d’emplois et de mettre la croissance au rendez-vous en n’écartant pas de financer le développement.

AlterPresse

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