Les pressions s’intensifient sur la République Dominicaine

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La diplomatie américaine a réagi pour la première fois sur la crise opposant Haïti et la République dominicaine. Le Département d’Etat, par la voix de sa porte-parole, a exprimé mercredi sa préoccupation sur les conséquences de l’arrêt 168/13 de la Cour constitutionnelle dominicaine. 

Poignée de main entre le président Michel Martelly et le président dominicain Danilo Medina sous le regard du président vénézuélien Nicolas Maduro
Poignée de main entre le président Michel Martelly et le président dominicain Danilo Medina sous le regard du président vénézuélien Nicolas Maduro

La diplomatie américaine, qui a réagi pour la première fois sur le différend qui oppose Haïti et la République dominicaine, a exhorté la république voisine à trouver une solution au problème du statut juridique des personnes concernées par l’arrêt 168/13 dénationalisant des dizaines de milliers de Dominicains. La porte-parole a reconnu que la majorité des personnes concernées par l’arrêt du 23 septembre sont d’origine haïtienne.

«Nous avons certainement pris connaissance du plan de régularisation, et je crois que cela a été une réponse à la décision. Nous avons communiqué notre vive préoccupation au gouvernement de la République dominicaine en ce qui concerne l’impact de la décision sur le statut de citoyenneté des personnes dans la patrie de Medina, dont la majorité, comme vous l’avez mentionné, sont d’origine haïtienne », a déclaré Marie Harf, la porte-parole du Département d’Etat américain, qui répondait aux questions des journalistes.

« Nous avons exhorté le gouvernement à poursuivre d’étroites consultations avec les partenaires internationaux et la société civile pour identifier et résoudre aussi rapidement que possible, d’une manière humaine, les préoccupations concernant la portée de ce plan pour les personnes concernées. Nous allons donc poursuivre le dialogue, mais nous avons exprimé nos préoccupations sur cette question », a poursuivi la porte-parole, citée dans un communiqué de l’ambassade des Etats-Unis à Port-au-Prince.

Toujours aux Etats-Unis, des centaines d’Haïtiens ont manifesté devant les locaux du consulat dominicain à Boston, mercredi. Ces Haïtiens venus de plusieurs grandes villes américaines et du Canada ont exprimé leur mécontentement concernant l’arrêt 168/13. Tout comme d’autres voix de la société civile, ces compatriotes de la diaspora ont appelé à un boycott des produits dominicains.

Des institutions étrangères décident aussi de boycotter le commerce et le tourisme dominicains. Mardi, le “National Bar Association”, une association américaine composée principalement d’avocats noirs, a décidé d’annuler une conférence prévue à Punta Cana, en République dominicaine, en mars 2014. L’association a informé ses membres que la conférence se tiendra de préférence à Curaçao, à la demande des Haïtiens vivant en Floride, selon ce que révèle le journal Miami Herald.

Deux jours après la décision du “National Bar Association”, le propriétaire d’une agence de voyages à Miami a décidé de suspendre ses opérations en République dominicaine. « Je ne suis pas un fan du mot boycott, a déclaré Darvin Williams, propriétaire de l’agence, qui précise qu’il a gagné 600 000 dollars américains par ses ventes en République dominicaine cette année, avant de prendre cette décision personnelle. « Je suis fan de la démocratie; un pays devrait être en mesure de se gouverner de manière autonome. Aussi nous n’avons pas à les soutenir financièrement », a soutenu l’homme d’affaires.

En dépit de tout, l’ex-président dominicain Leonel Fernandez a déclaré que l’arrêt de la Cour constitutionnelle est irrévocable. Ce qui relève, selon lui, de la souveraineté nationale. Le leader du Parti libéral dominicain salue néanmoins la décision des deux gouvernements de reprendre le dialogue. «Je crois que tout dialogue est toujours utile. Toutefois, il est évident que la République dominicaine a rendu une sentence irrévocable. Ce qui est une expression de la souveraineté nationale qui doit être respectée », a indiqué l’ex-président à la presse dominicaine en marge d’une cérémonie officielle. C’est aussi la position du cardinal dominicain, Lopez Rodriguez. Ce cardinal, qui tient généralement des positions radicales concernant les immigrants haïtiens, a déclaré que « le dialogue avec Haïti doit se faire dans le respect des principes de la Constitution dominicaine et l’arrêt de la Cour constitutionnelle ».

Les deux pays ont décidé de reprendre le dialogue dans l’objectif de trouver une solution à la crise qui dure depuis la publication de l’arrêt 168/13, le 23 septembre écoulé. En marge de la rencontre de l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), les plus hautes autorités dominicaines et haïtiennes se sont entendues sur la formation d’un comité mixte pour aborder plusieurs sujets concernant les deux pays, dont l’arrêt 168/13. La République dominicaine s’était retirée d’une première série de négociations, suite à la décision de la CARICOM de suspendre sa demande d’intégration à l’organisation régionale.

Louis-Joseph Olivier 

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