La décision de la cour constitutionnelle dominicaine rentre dans les annales historiques honteuses

1
268

Billet d’un enfant d’Hispaniola aux ténors de la droite dominicaine : la décision de la cour constitutionnelle dominicaine rentre dans les annales historiques honteuses.

La décision de la Cour Constitutionnelle dominicaine de dépouiller des Dominicains d’ascendance haïtienne de leur nationalité viole deux principes fondamentaux du Droit: la non rétroactivité des lois et la sécurité juridique. Dans le texte, je précise clairement qu’il s’agit de dominicains et non d’haïtiens, Ce sont donc des dominicains qui ont acquis par leur naissance le droit de jouir de la nationalité dominicaine. Cette précision est d’importance.

Cette décision de la Cour Constitutionnelle viole aussi au moins deux instruments juridiques internationaux signés et ratifiés par la République Dominicaine que sont la Convention du 30 aout 1961 sur la réduction des cas d’apatridie et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. Les prescrits de ces deux textes engagent de jure l’Etat Dominicain y compris donc sa Cour Constitutionnelle. A cet effet, l’article 1 de la Convention sur la réduction des cas d’apatridie est sans équivoque, elle précise et je cite : « Tout Etat contractant accorde sa nationalité à tout individu né sur son territoire, et qui autrement, serait apatride… ». Cette malencontreuse décision viole aussi les Droits fondamentaux de l’individu tels qu’ils sont précisés dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, qui dans son article 15 alinéa 1 précise et je cite que : « Tout individu a droit à une nationalité ». Ceci étant dit, d’un simple point de vue juridique la décision de la plus haute instance judiciaire de la République Dominicaine est manifestement arbitraire.

Voila pourquoi cette décision est considérée par plus d’un comme un acte politique qui rentre dans les précédents historiques entre les deux nations. Un rappel de certaines réalités historiques s’impose donc:
Pour garantir l’indépendance Haïtienne, les premiers dirigeants haïtiens de Dessalines jusqu’a Soulouque ont fait de la conquête de l’Est, une ABSOLUE NECESSITE. Car dans leur visée géopolitique, Haïti ne devait avoir pour frontière que la mer et d’un point de vue Géostratégique, il serait beaucoup plus facile de se défendre contre un ennemi venant de loin! D’où cette quasi-obsession d’unifier l’île.

Militairement dominateurs, les Généraux Haïtiens sous les ordres de Boyer ont unifié l’île pendant un quart de siècle. Les occupants Haïtiens ont fermé la prestigieuse Université de Santo Domingo, deuxième Université fondée dans les Amériques après la célèbre Harvard University en 1635. Certains donneurs de leçons ont pris un malin plaisir à critiquer cette décision de Jean Pierre BOYER ; moi je leur réponds avec un brin “d’ironie socratique”: comment voulez-vous comprendre le massacre des français par Dessalines, si vous n’avez pas connu le système esclavagiste, le Code Noir et ce qu’il comportait de barbarie et de cruauté des colons. La décision du Président Boyer de fermer l’université de Santo Domingo était une décision POLITIQUE et Boyer a dû assumer les conséquences POLITIQUES d’un tel acte.

Et malheureusement, il y a eu le massacre de plus de 30.000 haïtiens (plus de 150.000 selon certains historiens) sous le régime de Rafael Leonidas Trujillo; et aujourd’hui encore l’incompréhension et les séquelles de l’histoire minent la convivialité entre les deux peuples.

Aux ténors de la droite nationaliste dominicaine, je rappelle qu’entre les deux pays il n’y a pas eu que ces épisodes malheureux. Très souvent les relations entre les deux communautés sont constructives. Toussaint Louverture a été un grand bienfaiteur lors de sa gestion de la partie orientale de l’île, plus de quinze milles étudiants haïtiens sont dans des universités dominicaines, des compagnies dominicaines obtiennent (dans des conditions peut-être discutables) des contrats en Haïti, des marchés binationaux fonctionnent… Aujourd’hui en 2013, Haïti est le deuxième partenaire économique de la République Dominicaine après les USA et le 1er importateur de produits dominicains. Certains me rétorqueront que la République d’Haïti est désormais une colonie économique ou une province commerciale de la République Dominicaine. Je comprends aussi ce point de vue. Rappelons tout de même que les dominicains étaient les premiers à venir aider Haïti lors du séisme du 12 janvier. Certains rétorqueront à nouveau qu’ils avaient autre chose en tête. Je comprends tout aussi bien ce point de vue !

Cette décision raciste de dépouiller des dominicains d’ascendance haïtienne de leur nationalité rentrent donc dans les anales historiques honteuses, et met d’autant plus dans ses petits souliers Danilo Medina, qui est issu du PLD, le parti de feu Pena Gomez dont l’ascendance haïtienne ne faisait aucun doute. Quelle ironie ! Je juge inacceptable cette décision de la Cour constitutionnelle dominicaine. A cet élan raciste de l’extrême droite dominicaine, j’oppose la fraternité et je dis vive la solidarité mutuelle entre les deux peuples condamnés par la Géographie à vivre ensemble car partageant une même île: Haïti Kiskeya / Hispaniola. Aux esprits chauvins dominicains, je leur oppose cette donnée statique: Voisins nous sommes, voisins nous resterons. Rien à faire, nous sommes condamnés à vivre ensemble comme l’écrivait si bien le Professeur Lesly François MANIGAT dans son livre Introduction à l’Histoire des Relations Internationales d’Haïti: « la géographie est la donnée la plus permanente de l’Histoire ». De fait et telle a été la volonté du Créateur, Dominicains et Haïtiens sont condamnés à vivre sur une même terre. Nous sommes “les cousins de l’ile d’Haïti ou Hispaniola”.

Fernando ESTIME
Politologue, Spécialiste des Relations Internationales
E-mail: Fernandy19@hotmail.com
Tel: (509) 3685-9392

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE