Published On: Thu, Jul 12th, 2012

Pour le retour de l’armée, Martelly donne et prend

Le président Martelly se montre fin stratège. Plus madré qu’on ne le pensait. Martelly le joueur, fidèle à sa réputation, mise à nouveau sur l’armée.

Après avoir donné l’impression de laisser tomber sa promesse de reconstituer les Forces Armées d’Haïti (FAD’H): de s’être débarrassé des faucons de son entourage comme des hommes de troupes qui montaient des casernes rebelles un peu partout sur le territoire; après avoir donné l’ordre de leur faire la chasse et de clore le dossier, le président le rouvre. D’une manière inattendue. De l’étranger étant.

D’abord une petite phrase dans une déclaration faite au Panama, puis au cours d’une visite officielle en Equateur accompagné de son ministre de la Défense et du directeur général de la Police nationale d’Haïti, tous deux anciens officiers des FAD’H. À son rythme, à son heure, le président dicte le calendrier.

Cette fois, pas question de passer par le Venezuela et le commandant Chavez. Trop nombreux étaient les amis d’Haïti qui s’inquiétaient de la passion de ce généreux voisin pour la résurrection de l’armée en Haïti. Pas question non plus de prendre la tangente pour une force de défense civile comme le lui proposait la France. Martelly revient plus finaud que prévu avec une solution équatorienne. L’équation change. La défense sera civile et militaire.

Avant d’avancer ses pions, le président de la République a mis au propre tous ses devoirs, respecté toutes les promesses accumulées depuis des mois. Il s’est débarrassé, puis a recasé plus loin de lui, ses proches mis à l’index par les organisations de défense des droits de l’homme ; il a publié la version amendée de la Constitution qui seyait aux amis d’Haïti ; il a complété la Cour de cassation, monté le CSPJ et ouvert la porte à la formation du Conseil électoral permanent. Le président a donné son plein appui au renforcement de la PNH.

Personne ne peut plus reprocher quoi que ce soit au président Martelly. A son tour, il peut se mettre au service de ses promesses de campagne électorale. Le retour de l’armée en fait partie. Le président lui-même a eu une très courte carrière de cadet à l’Académie militaire dans sa prime jeunesse.

Sa visite ce mercredi à l’Ecole supérieure militaire Eloy Alfaro lui a permis de renouer avec le faste et de s’approcher au plus près de ce que peut être l’armée nouvelle.

« Accompagné du ministre haïtien de la Défense, M. Rodolphe Joazile, et du directeur général de la Police nationale d’Haïti, M. Mario Andrésol, le chef de l’Etat haïtien s’est entretenu avec le ministre Carvajal, le directeur de l’Ecole militaire Eloy Alfaro, le général Gustavo Cabrera et le haut Etat-major, sur des questions liées à la structuration du ministère haïtien de la Défense, notamment à la formation de forces armées modernes pour Haïti, à l’accompagnement de l’Equateur dans la mise en place d’un Etat-major en Haïti, au renforcement de la police nationale et le rôle que devrait jouer la Minustah en Haïti », indique un communiqué de la présidence publié mercredi.

« Pour prévenir et réprimer d’éventuelles actions armées internes ou étrangères, étatiques ou non étatiques, susceptibles de porter atteinte à la sûreté de l’Etat, le gouvernement haïtien espère, à moyen terme, avec l’appui de la République d’Equateur :

a) créer un corps d’infanterie légère capable d’assurer la sécurité dans les zones frontalières et dans les régions reculées et difficiles d’accès;

b) renforcer les capacités techniques et opérationnelles des gardes-côtes haïtiennes;

c) former une unité d’aviateurs et de pilotes d’hélicoptères;

d) créer une unité militaire antiémeute et de déminage », annonce la présidence.

« Dans le cadre de la coopération entre Haïti et la République d’Equateur dans le domaine de la défense civile, le gouvernement haïtien souhaiterait :

a) créer un corps de génie au sein du ministère haïtien de la Défense capable d’intervenir à titre d’appui technique, logistique et opérationnel dans de grands travaux d’infrastructure ou communautaires;

b) former un corps de sauvetage en milieu maritime et terrestre capable d’intervenir au profit des membres de la population civile, en cas de catastrophes naturelles ou humaines;

c) instituer un corps d’intervention humanitaire capable d’organiser la gestion humanitaire et les services d’ordre, dans les régions affectées, lors des situations post-désastres. »

L’armée et la défense civile dans un même paquet, cela enrobe le retour de l’armée d’une aura plus moderne que la dernière tentative sauvage d’imposer par la rue le retour des militaires.

L’avenir dira rapidement si le président Martelly a donné assez de garantie pour pouvoir prendre ce trophée qu’est le retour de l’armée après la débandade de 1994-1995.

Frantz Duval

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