Published On: Mon, Jul 2nd, 2012

Ces Africains de l’Euro 2012

L’Euro 2012 a des airs de CAN avec de nombreux joueurs originaires d’Afrique présents en Pologne et en Ukraine sous le maillot de sélections européennes.

Karim Benzema et Samir Nasri évoluent en «bleu», mais sont tous deux originaires d’Algérie, REUTERS/Charles Platiau

Ils auraient pu être en Guinée équatoriale et au Gabon cet hiver. Ils sont finalement en Pologne et en Ukraine cet été. Plutôt que la CAN 2012, ces joueurs ont choisi de disputer l’Euro 2012.

Et, à ce petit jeu, c’est évidemment l’équipe de France qui remporte la palme du groupe le plus bigarré. Ils sont neuf «Bleus d’Afrique» à avoir été sélectionnés par Laurent Blanc. Il y a ceux qui sont nés sur le continent comme Patrice Evra (Sénégal) ou Steve Mandanda (RDC), auxquels viennent s’ajouter les fils d’immigrés, de deuxième voire troisième génération, tels qu’Alou Diarra (Mali), Yann M’Vila (Congo), Adil Rami (Maroc), Blaise Matuidi (Angola), Hatem Ben Arfa (Tunisie), Karim Benzema (Algérie) et Samir Nasri (Algérie).

Bref, un groupe cosmopolite qui n’est pas sans rappeler l’utopie victorieuse «black-blanc-beur» de 1998 et tranche avec 2010, lorsque Raymond Domenech n’avait pas sélectionné de joueurs d’origines maghrébines. Racisme? Non. Un simple problème comportemental de la part des Benzema, Ben Arfa et Nasri, en conflit avec l’ancienne génération emmenée par Thierry Henry.

«On me jette des bananes parfois»

La France n’est cependant pas la seule à miser sur des joueurs africains. L’Allemagne et l’Italie comptent également dans leurs rangs des fils du continent noir. La Mannschaft s’est récemment mise au multiculturalisme en misant sur le talent de Jérôme Boateng (originaire du Ghana et pour qui joue d’ailleurs son frère, Kevin-Prince Boateng) et de Sami Khedira (dont le père est d’origine tunisienne).

En phase de reconstruction, l’Italie, elle, tablera sur la bonne forme de ses deux «Noirs» que sont Mario Balotelli (Ghana) et Angelo Ogbonna (Nigeria) pour faire plus que de la simple figuration en Ukraine et en Pologne.

Trois autres équipes européennes ont encore sélectionné un joueur d’origine africaine. C’est le cas du Danemark à travers Jores Okore (natif de la Côte d’Ivoire), de Nani (né au Cap Vert) avec le Portugal et de Theodore Gebreselassie (dont la mère est Éthiopienne) en République tchèque.

D’ailleurs le latéral droit de la sélection tchèque est devenu en 2007 le premier joueur noir à porter le maillot de la Národní tým. Un destin pas toujours évident pour le natif de Trebic (une ville de 40.000 habitants à 160 kilomètres de Prague), qui l’avoue sans fard:

«On me jette des bananes parfois mais je ne suis allé en Ethiopie qu’une fois, et encore, j’avais deux ans. Je ne comprends pas tellement pourquoi le fait que je joue pour la République tchèque fasse autant parler les gens. Je veux dire, personne n’a remarqué que l’homme qui dirige le plus puissant pays du monde est noir lui aussi?»

Le foot doit demeurer une fête

Car c’est une des conséquences un peu inattendues de la mondialisation: le championnat d’Europe des nations ne concerne plus seulement les Européens. Voilà la compétition reine du Vieux Continent, largement ouverte aux influences du Nouveau Monde.

S’il s’est accentué ces dernières années, le phénomène n’est pas nouveau puisque la France, en 1984, s’était déjà imposée avec Jean Tigana, né à Bamako (Mali). Par le passé le Portugais Jordao (Angola), le Suisse Johan Djourou (Côte d’Ivoire), les Français Marcel Desailly (Ghana), Patrick Vieira (Sénégal), Claude Makélélé (RD.Congo) et Jean-Alain Boumsong (Cameroun), le Belge Mbo Mpenza (RD.Congo) et le Portugais José Bosingwa (Mozambique), ont également disputé l’Euro pour un pays autre que celui dans lequel ils sont nés.

À quelques jours du coup d’envoi de l’Euro 2012, qui se tiendra du 8 juin au 1er juillet, certains s’inquiètent de la possibilité de violences racistes dans ces pays où sévissent des groupes xénophobes. À commencer par les footballeurs eux-mêmes. «Ici, c’est différent de l’Europe», prévient sur RFI Franck Madou, l’attaquant ivoirien du club ukrainien Zarya Louhansk, dans un beau lapsus géographique.

«Quand je suis arrivé, j’ai été un peu choqué par le mode de vie, se souvient le défenseur camerounais de l’Arsenal Kiev, Eric Matoukou. Les gens sont très bloqués, ils sont étonnés par la présence de Noirs. Un jour, j’étais tout près de chez moi avec un ami, lorsqu’il a été agressé par une bande. Ils nous criaient “Qu’est-ce que vous faîtes là, sales noirs ?” Puis ils ont cassé une bouteille sur la tête de mon ami…»

Mais le football doit demeurer une fête et l’essentiel maintenant reste de savoir quelle équipe aura le plus de supporters sur le continent durant cet «Afro-Euro 2012».

Nicholas Mc Anally

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